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LES MASSACRES DE SEPTEMBRE

Marat avait prévules massacres de septembre, il ne les avait pas j}rovoqiiés. Mais il en devint un des principaux exécuteurs, et il en assuma ouvertement la responsabilité.

Ce n'est pas la place ici d'apprécier ce terrible événement. Nous n'écrivons pas l'histoire, nous nous contentons d'en recueillir les documents pour le public.

Dans le n° 12 du Journal de la République (du 12 octobre), Marat rapporte comment la veille, à la tribune de la Convention, il a rétabli la vérité snv \qs massacres de septembre.

Voici ce morceau :

L'événenKMit désastreux des 2 et 3 septembre, que des perfides et stipendiés attribuent à la municipalité, ont été uniquement provoqués par le déni de justice du tribunal

criminel qui a blanchi le conspirateur Montmorin, par la protection qu'il annonçait ainsi à tous It^s autres conspirateurs, par l'indignation du peuple qui a craint de se voir esclave de tous les traîtres qui ont si longtemps causé ses désastres et ses malheurs.

On prétend que ce sont des brigands qui ont massacré les traîtres et les scélérats détenus dans les prisons.

Si cela était^ Pétion serait criminel d'avoir laissé paisiblement des brigands consommer leurs forfaits pendant deux jours consécutifs dans toutes les prisons de Paris : sa coupable inaction serait le plus atïreux des crimes, et il mériterait de perdre la tête pour n'avoir pas mis sur pied toute la force armée pour s'y opposer. — Il vous dira, sans doute, pour se disculper, que la force armée n'a pas voulu obéir, et que tout Paris était à l'expédition, et c'est un fait : convenez donc que c'est une imposture que d'avoir rejeté sur des brigands cette opération malheureusement trop nécessaire. C'est doue parce que les conspirateurs étaient soustraits au glaive de la justice qu'ils sont tombés sous la hache du peuple. En faut-il davantage pour repousser l'insinuation perfide de rejeter ces exécutions populaires sur le comité de surveillance de la mairie. Mais sa justification ne finit pas là; on va voir ce que les principaux membres de ce comité ont fait pour empêcher qu'aucun innocent, aucun débiteur, aucun coupable de petits délits ne fut enveloppé dans les dangers dont étaient menacés les grands scélérats.

Je me trouvais au comité de surveillance lorsqu'on y annonça que le peuple venait d'arracher des mains de la garde, et de mettre à mort, plusieurs prêtres léfractaires, prévenus de machinations, envoyés à la Force par le comité et que le peuple menaçait de se porter aux prisons. A cette nouvelle, Panis et moi, nous nous écriâmes, comme par inspiration : — Sauvons les pauvres débiteurs, les prisonniers pour rixe et les petits délinquants!

Le comité donna l'ordre sur-le-champ à différents geôliers de les séparer des grands malfaiteurs et des traîtres contrerévolutionnaires^ afin que le peuple ne fiit pas exposé à

immoler quelque innocent. La séparation était faite lorsque les prisons furent forcées; mais la précaution se trouva inutile, par l'attention qu'eut le juge du peuple, qui faisait les fonctions de tribun dans cette expédition, de vérifier les écroux, et de relâcher tous ceux qu'avait fait séparer le comité de surveillance. Attention que n'aurait pas eu le despote s'il eût triomphé le 10 août. Voilà des faits à opposer à la calomnie qui a dénaturé le récit des événements des 2 et 3 septembre.

Nous nous permettons de faire quelques observations de fait, que justifie l'importance du cas.

Il est bien certain que les Girondins qui occupaient le pouvoir ne firent pas ce qu'ils devaient faire pour empêcher ces événements contre lesquels ils devaient se prononcer vivement plus tard, — trop tard. Marat le dit avec raison : Si Pétion ne reconnut pas la justice de cette épouvantable exécution, sa coupable inaction serait le plus affreux des crimes, et il }nérite?'ait de perdre la tête pour n avoir pas mis sur pied toute la force armée pour s y opposer.

Voilà pourquoi les accusations tardives des Girondins étaient souverainement impolitiques; elles tournaient à leur propre confusion, à leur propre condamnation. Marat et les auteurs des massacres étaient e^/aré?; eux, qui ne les ont pas empêchés, étaient les vrais coupables. Et il faut remarquer que Marat n'accuse pas Pétion, il le disculpe au contraire.

Nous croyons devoir rapporter ici ce -que disait le ministre de la justice. Garât, à la Convention, le 22 octobre 1792 :

« Le cri de l'humanité indignée et gémissante a « sans doute déjà prononcé sur les événements des 2 M et 3 septembie le jugement qui sera répété par « toutes les nations et par tous les siècles ; mais, je le « crois, c'est presque un crime envers la nation fran-

« çaise de penser que ces événements n'appartiennent « pas à l'insurrection.

« Et d'abord comment le mouvement terrible que le « peuple de Paris avait dû prendre pour briser les « nouveaux fers qu'on nous préparait avec tant d'art, (( comment ce mouvement aurait-il pu être arrêté dans (( le court espace de quelques jours? La tempête qui « devait épurer l'atmosphère de la France avait soute levé toutes les passions à de trop grandes profon- « deurs pour que le calme pût sitôt renaître. Si ces « affreux événements n'ont pas été les produits de l'in- « surrection, comment donc n'ont-ils pas été préve- (( nus, comment n'ont-ils pas été arrêtés, comment ne « sont-ils pas déj.^ punis, comment tant de sang au- « rail-il coulé sous d'autres glaives que ceux de la (( justice sans que les législateurs, sans que les ma- (( gistrats du peuple, sans que tout le peuple lui- « même n'eût porté toutes les forces publiques aux « lieux de ces sanglantes scènes? Citoyens législa- « teurs, il n'arrivera jamais à celui que vous n'avez (( pas jugé indigne du ministère de la justice de dire « que ceux-là ne sont pas innocents qui n'ont pas en- « core été condamnés au nom des lois; — mais pour « la gloire de la nation française et de la République « qu'elle vient d'instituer, mais pour l'honneur de « l'humanité, je dois observer, recueillir et marquer K toutes les circonstances qui rejettent ces événements « sur l'insurrection, et par conséquent sur les enne- « mis de la liberté qui l'ont rendue nécessaire. Les « glaives ne se promenaient pas entièrement au hasard, « et les victimes les plus connues attestent qu'on « cherchait ceux qui avaient voulu frapper eux-mêmes « d'un coup mortel la liberté et les lois d'une grande « nation ; ce trait, et c'est celui qui domine, est celui

« qui imprime leur vrai caractère à ces journées de <{ sang, qui ont élé des prolongations des combats de <( la liberté avec le despotisme. »

C'est là, croyons-nous, la véritable explication des massacres de septembre.

La circulaire adressée, le soir du 3 septembre par les administrateurs de la commune aux départements, et qui porte la signature de Marat, doit trouver sa place ici :

Frères et amis,

Un affreux complot tramé par la cour pour égorger tous les patriotes de l'empire français, complot dans lequel un grand nombre de meii.bres de l'Assemblée nationale se trouvent compromis, ayant réduit, le 8 du mois dernier, la commune de Paris à la cruelle nécessité de se ressaisir de la puissance du peuple pour sauver la nation, elle n'a rien négligé pour bien mériter de la patrie, témoignage honorable que vient de lui donner l'Assemblée nationale elle-même. L'eîjt-on pensé ! Dès lors de nouveaux complots non moins atroces se sont tramés dans le silence; ils éclataient au moment même où l'Assemblée nationale, oubliant qu'elle venait de déclarer que la commune de Paris avait sauvé la patrie, s'empressait de la destituer pour prix de son brûlant civisme. A cette nouvelle, les clameurs publiques élevées de toutes parts ont fait sentir à l'Assemblée nationale la nécessité urgente de s'unir au peuple et de rendre à la commune, par le rapport du décret de destitution, les pouvoirs dont il l'avait investie.

Fière de jouir de toute la plénitude de la confiance nationale qu'elle s'efforcera toujours de mériter de plus en plus, placée au foyer de toutes les conspirations et déterminée à s'immoler pour le salut public, elle ne se glorifiera d'avoir pleinement rempli ses devoirs que lorsqu'elle aura obtenu votre approbation, objet de tousses vœux, et dont elle ne sera certaine qu'après que les départements auront sanctionné ses mesures pour sauver la chose publique.

Professant les piincipps de la plus parfaite égalité, n'ambitionnant d'autre privilège que celui de se présenter la première à la brèche, elle s'empressera de se mettre au niveau de la commune la moins nombreuse de l'État, dès l'instant que la patrie n'aura plus rien à redouter des nuées de satellites féroces qui s'avancent vers la capitale.

La commune de Taris se bâte d'informer ses frères de tous les déjjartements qu'une partie des conspirateurs féroces détenus dans les prisons a été mise à mort par le peuple; actes de justice qui lui ont paru indispensables pour retenir par la terreur les légions de traîtres cachés dans ses murs au moment où il allait marcher à l'ennemi, et sans doute la nation entière, après la longue suite des trahisons qui l'ont conduite sur les bords de l'abîme, s'empressera d'adopter ce moyen si nécessaire de salut public, et tous les Français s'écrieront comme les Parisiens : Nous marchons à l'ennemi, mais nous ne laisserons pas derrière nous ces brigands pour égorger nos enfants et nos femmes.

Frères et amis, nous nous attendons qu'une partie d'entre vous va voler à notre secours et nous aider à repousser les légions innombrables de satellites des despotes conjurés à la perte des Français. Nous allons ensemble sauver la patrie, et nous vous devrons la gloire de l'avoir retirée de l'abîme.

Les administrateurs du Comité de salut public et les administrateurs adjoints réunis: P. -S. Duplain, Panis, Sergent, Lenfant, JouRDEuiL, Marat (l'Ami du Peuple), Deforgues, Leclerc, Duffort, Colly, constitués par la conunune et séants à la mairie. A Paris, le 3 septembre 179;2.

N. B. Nos frères sont invités à remettre ceite lettre sous presse et à la faire passer à toutes les municipalités de leur arrondissement.

MARAT ÉLO DÉPDTÉ A LA CONVENTION. — DERNIERS NUMÉROS DE L AMI DU PEUPLE.

V Ami du peuple ne paraissait plus qu'à intervalles irréguliers. Absorbé par les événements, Marat n'avait plus le temps d'écrire son journal. Du 21 août au 13 septembre, aucun numéro de Y Ami cht. peuple ne parut.

Dans l'intervalle, Marat avait été élu député de Paris à la Convention; le Moniteur du 11 septembre annonce sa nomination. M. Bougeart cite le passage suivant d'un placard « devenu très-rare, » qui pouvait passer pour sa profession de foi : — « Je finirai en vous rappelant l'ami du peuple. Vous connaissez ce qu'il a fait pour la patrie ; peut-être ignorez-vous ce qu'il fera encore pour votre bonheur; la gloire d'être le premier martyr de la liberté lui suffit; tant pis pour vous si vous l'oubliez. »

Le n'ôSl, du 13 septembre, est rempli par un réquisitoire contre Adrien Duport, « le père constituant, « hypocrite, traître, consj)irateur, aujourd'hui en état {< d'arrestation, pour être jugé au tribunal du peu- (r pie. »

(N" 685. — Du 19 septembre 1792.)

Piège redoutable. — Le projet des membres gangrenés de la législature actuelle, est de placer la Convention nationale dans la salle du manège des Tuileiie.';;, di)nl les tribunes ne contiennent que trois cents spectalt-urs, et qui se trouveraient- tonjotu-s remplies de trois cents mouchards des pères conscrits contre-révolutionnaires et des ministres corrompus.

11 importe que la Convention nationale soit sans rosse

SOUS les yeux du peuple, afin qu'il puisse la lapider si elle oublie ses devoirs. Ainsi pour la maintenir dans le chemin de la liberté, il faut indispensablement une salle dont les tribunes contiennent quatre mille spectateurs. Cette salle devrait déjà être faite, et je demande qu'on y travaille sans relâche (1). »

Un mot à la femme Roland. — Vous êtes priée de ne plus dilapider It-s trésors de la nation à soudoyer deux cents mouchards pour arracher les affiches de l'Ami du Peuple. Citoyens, vous êtes requis, au nom de la patrie, de corriger ces mouchards s'ds ont l'audace de reparaître.

Roland n'est qu'un frère coupe-choux, que sa femme mèneparl'oreille; c'est elle qui est le ministre de l'intérieur sous la main de son directeur, l'illuminé Lanlhenas, agent secret de la faction Guadet-Brissot.

(N» 684. — Du 20 septembre 1792.)

Observations ofe /'Ami du peuple aux Parisiens. — « La journée du tO août paraissait avoir coupé les fils de toutes les trames des ennemis de la révolution. Faute d'avoir porté le fer assez avant dans le vif, et d'avoir mis les chefs des conspirateurs hors d'état de les renouer, nous nous trouvons aujourd'hui environnés des mêmes machinateurs et menacés des mêmes périls. »

(N" 685. — Du 21 septembre 1792.) Marat, V ami du peuple, à maître Jérôme Pétion. — Marat

(1) Dans le numéro précédent (N" 682. — Du 15 septembre) Marat avait insisté sur « la nécessité indispensable de faire siéger la Conven- « tion dans un -vaste local, sans garde quelconque, de manière à ce « que les députés soient sans cesse sous la main du peuple et n'aient « jamais d'autre sauvegarde que leur civisme et leur vertu. »

débute ainsi : « Quelques sages, surpris de vous voir toujours si bien frisé dans ces temps d'alarmes, me prient de vous faire souvenir du prix du temps, surtout pour un premier magistrat municipal dont tous les moments appartiennent au peuple. »

Pétion était encore populaire. Marat lui reproche surtout ses liaisons dangereuses avec les Girondins.

TI termine ainsi : « Le maire de Paris est mal entouré, voilà la source de sa conduite bizarre, incertaine, pusillanime, voilà le principe de sa funeste sécurité.

« Quitte ta place, Pétion, et remets-la à des mains plus habiles et plus fermes; ta bonhomie, ta faiblesse, ta crédulité, ton aveugle confiance ont fait longtemps notre malheur, ils finiraient par nous perdre. Les brissotins te mènent par le nez, ils le tiennent le bandeau sur les yeux. Si l'ami du peuple ne se hâte de l'arracher, ils finiront par te faire demander la contre-révolution. »

Ce numéro, qui est le dernier de VAtyii du peuple, se termine ainsi :

a Une seule réflexion m'accable, c'est que tous mes efforts pour sauver le peuple n'aboutiront à rien sans une nouvelle insurrection. A voir la trempe de la plupart des députés à la Convention nationale, je désespère du salut public. Si dans les huit premières séances, toutes les b^sse de la Constitution ne sont pas posées, n'attendez plus rien de vos représentants. Vous êtes anéantis pour toujours, cinquante ans d'anarchie vous attendent, et vous n'en sortirez que par un dictateur, vrai patriote et homme d'État. 0 peuple babillard, si tu savais agir ! »

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