LE JOURNAL DE LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE
A partir de la réunion de la Convention, Marat commence une nouvelle série : le Journal de la République française, avec cette épigraphe qui indique la base du gouvernement républicain : Ut redeat miseris, abeat fortuna superbis: que la richesse ne soit plus le partage exclusif des privilégiés, qu'elle revienne à ceux qu'on appelait jusqu'ici les misérables (1).
(N° 1. — Du 25 septembre 1792.) ÂPERÇD DE LA CONVENTION NATIONALE.
Les députés à la Convention nationale se sont réunis le 21 de ce moiS;, au nombre de trois cents onze, dans Tune des salles du château des Tuileries. Après avoir appelé au fauteuil le plus ancien d'âge, et les deux plus jeunes au bureau, on a procédé à l'appel nominal des députés de tous les départements; cela fait, l'Assemblée a pris le parti aussi sage qu'expéditif de vérifier en commun les pouvoirs des délégués en constatant les signatures des extraits des procès-verbaux des corps électoraux ; puis elle s'est constituée Convention nationale, seule représentant du peuple français.
(1) L'Ami du peuple avait paru avec cette épigraphe qui avait été la devise de Jean-Jacques Rousseau : Vitam impendere vero! Meurs, s'il le faut, mais disk vérité. Emblème fidèle des persécutions que Marat avait courageusement affrontées et soutenues.
Ensuite elle a passé à la formation du bureau, et elle a nommé président Pétion, maire de Paris, et Camus, Gondorcet.Brissot, R^baud, Lasource et Vergniaiid, secrétaires. Les penseurs qui sont au fait des intrigues de la faction Guadet-Brissot ne seront pas surpris de lavoir portée d'emblée au bureau, dont la redoutable influence est bien connue. Quant aux lecteurs moins instruits, je les renvoie aux lettres dont Guadet, Brissot, Vergniaud et Lasource ont inondé les départements, pour capter les corps électoraux en faveur de Condorcet et Sieyès, qui ne pouvaient espérer d'être nommés par celui de Paris, dont ils sont trop bien connus. On n'a pas oublié que c'est à cette faction si longtemps prostituée à Motier que nous devons la guerre avec les puissances liguées, la fatale sécurité où elle nous a entretenus par l'étalage imposteur des forces que nous n'avions point, l'aveugle confiance que nous avions en nos généraux perfides, et les malheurs qui en ont été la suite inévitable. J'abandonne mes lecteurs à leurs réflexions. Qu'ils n'aillent p; s cependant en conclure que la grande majorité de la Convention nationale soit mal composée; je la crois excellente, malgré ce début; elle a pu sans doute être d'abord entraînée par des intrigants; mais elle ne tardera pas à ouvrir les yeux et elle marchera désormais d'un pas ferme dans le chemin de la liberté, lorsqu'il sera question de consacrer les droits du peuple, d'établir l'empire de la justice et de sauver la patrie.