LE JUNIUS FRANÇAIS. — COLLABORATION DE MARAT A L ORATEUR DU PEUPLE
L'activité deMarat était si grande qu'un instant, le 2 juin 1790, au moment où le pouvoir était le plus acharné contre lui, il conçut le dessein de fonder une seconde feuille politique, paraissant concurremment avec V Ami du peuple, et rédigée également par lui seul. Voici ce qu'i! disait à ce sujet dans le n° 125 de VAmi du peuple : « Malgré les dégoijls et les embarras que me suscitent les ennemis de la Révolution, ils ne parviendront pas à ralentir mon zèle. Ne pouvant presque jamais à temps faire entrer dans l'Ami du peuple des articles qu'il importerait infiniment de mettre sous les yeux du public, je viens d'entreprendre un nouveau journal sous le titre de Junius français, qui servira de supplément à \'A7ni du peuple. Ainsi je vais con)batlre des deux mains pour la patrie. Il paraîtra lundi matin. » Mais cette publication dut s'arrêter à son treizième numéro inclu-
sivement. Au milieu des difficultés de tous genres qu'on lui suscitait, Marat pouvait à peine suffire à la publication de VAmi du peuple. Rien que pendant la publication du /anius, vingt-quatre jours au plus, il fut obligé de changer quatre fois d'imprimeur.
Alors il s'avisa d'un autre moyen : si, sa feuille composée, il survenait une mesure d'urgence à prescrire, il la communiquait à Fréron, rédacteur de l'Orateur du peuple, en qui il avait une grande confiance, et qu'il se plaisait à proclamer son successeur, son second. Quelquefois, en l'absence de Fréron, il rédigeait à lui seul ces deux journaux. Le 8 mars 1791, il écrit : «M'étant chargé de la rédaction de l'Orateur du peuple pendant la maladie de l'auteur, je préviens mes lecteurs qu'ils y trouveront la dénonciation des soldats suisses contre leurs officiers. »