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PORTRAIT DE JACQUES RODX

Boute-feu de la section des GravilHers et de la Société des Cordeliers, chassé de ces assemblées [lopulaires, ue même que ses confrères Varlet et Iieclerc, ses complices.

Le plus cruel des fléaux que n^uis ayons à combattre pour faire triompher la liberté, ce n'est j)as les ai-istocrates, les royalistes, les contre-révolutiunnaires, mais les faux

patriotes exaltés qui se prévalent de leur masque de civisme pour égarer les bons citoyens et les jeter dans des démarches violentes, hasardées, téméraires et désastreuses.

Ces intrigants ne se contentent pas d'être les factotum de leurs sections respectives; ils s'agitent du matin au soir pour s'introduire dans toutes les sociétés populaires, les influencer et en devenir les grands faiseurs.

Tels sont les trois individus bruyants qui s'étaient emparés de la section des Gravilliers, de la Société fraternelle, de celle des Cordeliers : je veux parler du petit Leclerc, de Varlet et de Tabbé Renaudi, soi-disant Jacques Roux.

Varlet peut n'être qu'un intrigant sans cervelle, mais le petit Leclerc paraît un fripon très-adroit. Je l'ai vu, dans la même semaine, changer trois fois de costume pour se travestir et mieux en imposer. On assure qu'avant de venir planter le piquet à Paris pour égarer les sociétés populaires, il a fait quelques mois de noviciat à Cublentz, et qu'il est un des principaux auteurs des désordres qui ont éclaté à Lyon depuis plusieurs mois.

Quant a l'abbé Renaudi, je puis en parler pertinemment; j'ai gardé longtemps le silence à son égard, parce qu'il passait pour patriote, qu'il s'est tenu souvent dans le bon chemin, et qu'il est dans mes principes de jeter un voile ofticieux sur les fautes des patriotes ; j'ajouterai qu'ayant passé quelques jours dans son appartement lorsque j'étais persécute avec le plus d'acharnement par les Lafayette, quoiqu'il ne m'eût offert une retraite momentanée que pour se vanter de m'avoir eu chez lui, la reconnaissance m'avait imposé silence sur ses démérites, mais les dangers où sa démence, et peut-être sa perfidie, viennent d'exposer la chose publique, ne m'ont pas permis de balancer un moment à le dénoncer à la Société des amis des droits de l'homme en demandant son expulsion, de même que celle de ses accolytes.

"Voici un précis de ses démérites, et c'est de sa bouche que je les tiens.

La cupidité, jointe à l'envie de faire du bruit, l'a fait débuter dans la cariière de la Révolution par un faux, car il

profita de la nouvelle de l'assassinat de Jacques Roux (curé d'Issy, s'il m'en souvient) pour usurper son nom, inspirer plus d'intérêt et gagner de l'argent, en publiant à son profit l'histoire de l'attentat commis sur la personne de ce bon curé. Dès lors il a gardé ce nom ; or c'est une lâcheté criminelle d'abandonner son nom; peut-être ne voyait-il là qu'une précaution de prudence à cacher un nom diffamé.

Le troisième jour que je passais dans sa chambre, je le vis dans le costume de prêtre; je ne sais s'il en avait honte à mes yeux, assurément à tort, car j'ai pour maxime de ne jamais scandaliser les âmes faibles, mais il me dit : « N'imaginez pas que je croie à la religion, je sais que c'est un tissu d'impostures; j'en ai fait mon gagne-pain, et personne ne sait mieux que moi jouer la sainte comédie.»

Ce propos me tît horreur; je me contentai de lui observer que la position la plus cruelle pour un homme d'honneur était de se voir réduit à une pareille extrémité.

Le même jour, il m'avoua qu'il était patriote de circonstance, qu'il ne se donnerait point de relâche qu'il n'eût fait du bruit, et qu'il espérait bien que cela lui vaudrait l'épiscopat, comme à l'abbé Fauchet.

D'après de pareils propos, mon homme étant tout jugé pour moi, je pris congé de lui le lendemain, ne me croyant pas trop en sûreté sous son toit.

J'aurais pensé que l'abbé Renaudi n'était qu'un intrigant cupide qui avait pris le parti de donner dans les extrêmes, de forcer et de porter le cynisme hors des bornes de la sagesse, pour faire du bruit et attirer l'attention de ses concitoyens, si la note qui suit ne m'avait fait voir que le soi-disant Jacques Roux est un homme très-dangereux :

a Jacques Roux est connu dans la ville d'Angoulême et dans les environs pour un très-mauvais sujet. Il y a plusieurs années qu'il fut décrété de prise de corps, comme prévenu d'assassinat : alors il était professeur de physique au séminaire de ladite ville; il a été chassé ignominieusement de plusieurs maisons où il était entré comme précep-

teur, notamment chez un sieur Montlausier. Son infâme conduite et ses mœurs dépravées furent cause qu'il ne put trouver de place; il fut obligé de se réfugier dans le diocèse de Saintes, où, à la recommandation d'un homme de bien, il obtint un vicariat; mais dans cette ville, sa conduite fut la même, il sema la division dans toutes les familles chez lesquelles il était admis ou chez lesquelles l'appelait son ministère ; il brouilla le père avec le fils et le mari avec la femme; il osa même porter une main criminelle sur son bienfaiteur, celui à qui il devait sa place et son existence. Enfin, il fut soupçonné d'avoir commis, participé ou du moins excité quelques mauvais sujets comme lui à commettre des crimes capitaux, alors il fut obligé de fuir. Tous ces faits sont de la plus exacte vérité. Il n'est pas un seul homme du pays qui ne soit prêt à attester l'infamie de ce prêtre sans mœurs, sans principes. Ses crimes sont aussi bien connus que son nom. »

Cette note a été adressée au citoyen ColIot-d'Herbois, par le citoyen Tessier, son ancien camarade à Genève, qui a demeuré une année à Angoulême avec Fierville, et où il a connu le personnage en question ; mais encore une fois, il n'est pas un seul citoyen dans le pays qui n'atteste la vérité des faits contenus dans cette note.

D'après ces renseignements, la Société des amis des droits de l'homme a senti le danger de garder plus longtemps dans son sein des intrigants aussi dangereux; elle a pris le sage parti d'expulser Leclerc et l'abbé Renaudi, en ajournant l'expulsion de Varlet (1).

(1) Jacques Roux eut l'impudence, d'accord avec Leclerc, de continuer la publication du journal de Marat, après la mort de celui-ci, sous ce titre : Le publiciste de la République française, par l'ombre de Marat, VAmi du peuple.

(N" 2i0. — Du 12 juillet 1793.) RÉVEILLONS-NOUS, IL EN EST TEMPS.

Indigné de voir nos généraux annoncer sans cesse des victoires sur les rebelles de la Vendée, et ces rebelles faire sans cesse de nouveaux progrès, surprendre à point nommé des détachetnents de nos troupes, les enlever avec armes et bagages, s'emparer de nos magasins, et s'armer de notre artillerie, je ne reconnus que trop les mac hinations de ces chefs perfides qui peut être entretenaient des intelligences secrètes avec les révoltés, mais qui certainement refusaient de marcher en force, pour les écraser, n'envoyaient contre eux que des détachemeuts pour leur livrer en détail nos armées, laissaient nos magasins, nos parcs d'arlillerie à leur disposition pour nous mettre dans l'impuissance d'en triompher; aussi demandai-je à grands cris leur destitution immédiate; les scélérats de la faction maudite s'élevèrent contre moi, et la Convention trop peu énergique renvoyait à ses comités de défense générale et de salut public où mes dénonciations étaient ensevelies, comme si elle eût fait vœu d'attendre que les complots des traîtres fussent consommés pour prendre contre eux le parti que commandait la prudence. Il y a près de cinq mois que je demandai la destitution de Wimpfen, de Beruyer, de Heiden, et il a fallu que ces machinateurs eussent été reconnus traîtres pour que la Convention les destituât. Il y a trois semaines que j'ai annoncé la trahison de Sandos, de Ligonier, de Westermann, et il a fallu que ces machinateurs fussent reconnus traîtres avant qu'elle les destituât. — Que de malheurs et de désastres n'eût pas prévenus la Convention, si jugeant ces chefs perfides, la plupart suppôts du despotisme, créatures de Du mouriez ou commis par Beurnonville pour marcher à la Vendée, sur leur caractère connu, leurs rapports avec des généraux et des ministres déclarés conspirateurs, elle les avait mis hors de portée de trahir la patrie et de mettre la chose publique en danger ! — Du

■ moins ces traîtres devraient-ils être aujourd'hui livrés au glaive des vengeances nationales; mais la Convention s'arrête, dans des matières d'État, à de vaines formes juridiques ; elle écoute le plaidoyer du procureur de village Chabot et se contente de mandera sa barre un scélérat qu'elle aurait dû mettre hors de la loi, cet infâme Westermann, l'agent de Dumouripz, qui aurait dij expier sur l'échafaud ses forfaits de la Belgique et qui a malheureusement trouvé des protecteurs dans quelques compagnons de débauche qui siégeaient au comité de salut public, et qui peut-être encore trouvera des apologistes au sein de la Convention.

Mais ce n'est peut-être pas là encore la fin de nos désastres : le défaut de vue et d'énergie des représentants du peuple ne leur permet pas de prendre de grandes mesures: ils ne jugent qu'en juristes des chefs malversateurs dénoncés et il faudrait les juger en politiques, d'après leurs liaisons leurs sentiments, leurs actions connues ; mieux vaut cent fois n'avoir point de chefs d'armée que d'en avoir de traîtres : c'est cette vérité que je voudrais voir pénétrer le comité de salut public, avant que Biron et Bertier aient mis le comble à leur perfidie.

Je n'ai plus que quelques mots à ajouter qui feront juger de l'aveugle confiance et du manque de lumières du comité de salut public, depuis la formation des légions et des compagnies franches levées par des intrigants plus que suspects pour opérer la contre-révolution ; je n'.ii cessé de dénoncer celle de l'École militaire, de Rosental, des braconniers des chasseurs du Midi, la Germanique, et je ne suis parvenu à purger que la première des mauvais sujets, des escrocs des échappés de galères, des ex-gardes du corps et autres contre-révolutionnaires notés. Pour les empêcher d'entrer dans un nouveau corps, j'avais proposé dans le temps comme une mesure indispensable de prudence, de leur

couper les oreilles ou plutôt les pouces des mains. On

a repoussé cette mesure en criant à la barbarie et l'on a mieux aimé laisser à ces scélérats les armes à la main les envoyer même contre les révoltés de la Vendée, pour mettre le désordre dans nos armées, les inviter par là à passer du

côté de l'ennemi, et de revenir sur les patriotes pour les égorger. Ce que j'avais très-bien présagé, et ce qu'ils n'ont pas manqué de faire.

On vient de m'assurer que la plupart des légions germaniques de Rosental sont avec les révoltés de la Vendée : malheur qu'aurait pu prévenir le comité de salut public, qui ne pouvait ignorer l'infâme composition de ces corps, ni leur conduite incivique.

Si du moins nous étions plus sages à l'avenir ! si nous pouvions nous instruire à l'école de l'adversité! Mais les endormeurs de la Convention ne cesseront de prêcher la sécurité et la patience qu'ils n'aient achevé de perdre la chose publique. — Ce n'est pas ma faute; mon désespoir est d'être toujours le Cassandre de la Révolution.

(N° 242. — Du 14 juillet 1795.)

Le manuscrit de ce dernier numéro était à l'imprimerie lorsque Marat fut assassiné par Charlotte Corday, le 13 juillet.

Nous y remarquons le passage suivant dans lequel notamment il dénonce l'attitude incertaine et équivoque de Barrère :

Que penser du comité de salut public ou plutôt de ses meneurs; car la plupart de ses membres sont si insouciants qu'ils assistent à peine deux heures dans les vingt-quatre heures aux séances du comité, qu'ils ignorent presque tout ce qui s'y fait, et qu'ils n'ont peut-être aucune connaissance de cette pièce (1). Ils sont très-coupables sans doute de s'être chargés d'une tâche qu'ils ne veulent pas remplir; mais les meneurs sont très-criminels de rem-

(l) Preuve de lu trahison de Custines. — Récit exact des événements de la journée du 17 mai.

plir si indignement leurs fonctions. Dans le nombre, il en est un que la Montagne vient de renommer très-imprudemment, et que je regarde comme l'ennemi le plus dangereux de la patrie : c'est Barrère, que Sainte-Foi indiquait au monarque comme l'un des constitutionnels sur lesquels on pouvait faire le plus de fonds. Quant à moi, je suis convaincu qu'il nage entre deux eaux pour voir à quel parti demeurera la victoire; c'est lui qui a paralysé toutes les mesures de vigueur, et qui nous enchaîne de la sorte pour nous laisser égorger. Je l'invite à me donner un démenti, en se prononçant enfin de manière à ne plus passer pour un royaliste déguisé.

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