AGAMEMNON , ULYSSE
ULYSSE
Seigneur, vous entendez : quelque prix qu'il en coûte , Il veut voler à Troie et poursuivre sa route. Nous craignions son amour; et lui-même aujourd'hui Par une heureuse erreur nous arme contre lui. a 80
AGAMEMNON
Hélas!
ULYSSE
De ce soupir que faut-il que j'augure?
Du sang qui se révolte est-ce quelque murmure? Croirai-je qu'une nuit a pu vous ébranler? Est-ce donc votre cœur qui vient de nous parler? Songez-y. Vous devez votre fille à la Grèce. iS5 Vous nous l'avez promise; et sur cette promesse, Calchas, par tous les Grecs consulté chaque jour, Leur a prédit des vents l'infaillible retour. A ses prédictions si l'effet est contraire, Pensez-vous que Calchas continue à se taire ; igo Que ses plaintes , qu'en vain vous voudrez apaiser, Laissent mentir les Dieux sans vous en accuser ? Et qui sait ce qu'aux Grecs, frustrés de leur victime, Peut permettre un courroux qu'ils croiront légitime? Gardez-vous de réduire un peuple furieux , 295 Seigneur, à prononcer entre vous et les Dieux. N'est-ce pas vous enfin de qui la voix pressante Nous a tous appelés aux campagnes du Xante ; Et qui de ville en ville attestiez les serments Que d'Hélène autrefois firent tous les amants, 3oo Quand presque tous les Grecs , rivaux de votre frère ,
IPHIGÉNIE
La demandoient en foule à Tyndare son père? De quelque heureux époux que Ton dût faire choix, Nous jurâmes dès lors de défendre ses droits ; Et si quelque insolent lui voloit sa conquête , 3 o 5
Nos mains du ravisseur lui promirent la tête 1 . Mais sans vous, ce serment que l'amour a dicté, Libres de cet amour, F aurions-nous respecté? Vous seul , nous arrachant à de nouvelles flammes , Nous avez fait laisser nos enfants et nos femmes. 3 i o Et quand , de toutes parts assemblés en ces lieux , L'honneur de vous venger brille seul à nos yeux ; Quand la Grèce, déjà vous dormant son suffrage, Vous reconnoît Y auteur de ce fameux ouvrage ; Que ses rois , qui pouvoient vous disputer ce rang , 3 1 5 Sont prêts , pour vous servir, de verser tout leur sang , Le seul Âgamemnon , refusant la victoire , | N'ose d'un peu de sang acheter tant de gloire? Et dès le premier pas se laissant effrayer, Ne commande les Grecs que pour les renvoyer ? 3 a o
AGAMEMNON
Ah ! Seigneur, qu'éloigné du malheur qui m'opprime , Votre cœur aisément se montre magnanime ! Mais que si vous voyez 2 ceint du bandeau mortel Votre fils Télémaque approcher de l'autel, Nous vous verrions, troublé de cette affreuse image, 32 5 Changer bientôt en pleurs ce superbe langage, Eprouver la douleur que j'éprouve aujourd'hui, Et courir vous jeter entre Galchas et lui 3!
i . Chez Euripide, c'est Agamemnon qui rappelle ces souvenirs au Vieillard dans la première scène (vers 5 1 -65) .
i. Ici encore toutes les anciennes éditions ont voyez, et non voyiez, orthographe des éditions plus récentes.