‹ Œuvres; (volume 2)Chapitre 118 sur 493 · IPHIGÉNIE, ÉRIPHILE, DORIS · texte numérisé non relu

IPHIGÉNIE, ÉRIPHILE, DORIS

IPHIGÉNIE

De cet accueil que dois-je soupçonner?

D'une secrète horreur je me sens frissonner. 5 s o

Je crains, malgré moi-même , un malheur que j'ignore. Justes Dieux , vous savez pour qui je vous implore.

ÉRIPHILE

Quoi? parmi tous les soins qui doivent l'accabler, Quelque froideur suffit pour vous faire trembler ? Hélas ! à quels soupirs suis- je donc condamnée, ( 585 Moi, qui de mes parents toujours abandonnée, | Étrangère partout , n'ai pas même en naissant Peut-être reçu d'eux un regard caressant ! Du moins, si vos respects sont rejetés d'un père, Vous en pouvez gémir dans le sein d'une mère ; 590 Et de quelque disgrâce enfin que vous pleuriez , Quels pleurs par un amant ne sont point essuyés ?

IPHIGÉNIE

Je ne m'en défends point : mes pleurs , belle Eriphile , Ne tiendroient1 pas longtemps contre les soins d'Achille ; Sa gloire, son amour, mon père, mon devoir, 5g 5

Lui donnent sur mon âme un trop juste pouvoir. Mais de lui-même ici que faut-il que je pense? Cet amant, pour me voir brûlant d'impatience , Que les Grecs de ces bords ne pouvoient arracher, Qu'un père de si loin m'ordonne de chercher , 600 S'empresse-t-il assez pour jouir d'une vue

1. Tiendroient est la leçon de toutes les impressions qui sont du temps de Racine. Celle de 1702 a remplacé le conditionnel par le futur tiendront, et cette faute a passé dans la plupart des éditions suivantes.

IPHIGÉNIE

Qu'avec tant de transports je croyois attendue ?

Pour moi, depuis deux jours qu'approchant de ces lieux,

Leur aspect souhaité se découvre à nos yeux ,

Je l'attendois partout ; et d'un regard timide 60 5

Sans cesse parcourant les chemins de l'Aulide ,

Mon cœur pour le chercher voloit loin devant moi ,

Et je demande Achille à tout ce que je voi.

Je viens, j'arrive enfin sans qu'il m'ait prévenue.

Je n'ai percé qu'à peine une foule inconnue ; 610

Lui seul ne paroît point. Le triste Agamemnon

Semble craindre à mes yeux de prononcer son nom.

Que fait-il ? Qui pourra m'expliquer ce mystère ?

Trouverai-je l'amant glacé comme le père?

Et les soins de la guerre auroient-ils en un jour 6 1 5

Eteint dans tous les cœurs la tendresse et l'amour ?

Mais non : c'est l'offenser par d'injustes alarmes.

C'est à moi que l'on doit le secours de ses armes.

Il n'étoit point à Sparte entre tous ces amants

Dont le père d'Hélène a reçu les serments : 620

Lui seul de tous les Grecs , maître de sa parole ,

S'il part contre Ilion , c'est pour moi qu'il y vole ;

Et satisfait d'un prix qui lui semble si doux ,

ïl veut même y porter le nom de mon époux.

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