ACTE III, SCÈNE VI
Le soin de son repos est le seul qui vous presse ? On me ferme la bouche? on l'excuse? on le plaint? C'est pour lui que l'on tremble, et c'est moi que l'on craint ? Triste effet de mes soins ! Est-ce donc là , Madame , Tout le progrès qu'Achille avoit fait dans votre âme ?
IPHIGÉNIE
Ah , cruel ! cet amour, dont vous voulez douter,
Ai-je attendu si tard pour le faire éclater?
Vous voyez de quel œil , et comme indifférente , ]
J'ai reçu de ma mort la nouvelle sanglante.
Je n'en ai point pâli. Que n'avez-vous pu voir i o 3 5
A quel excès tantôt plloit mon désespoir,
Quand presque en arrivant un récit peu fidèle
M'a de votre inconstance annoncé la nouvelle !
Quel trouble! Quel torrent de mots injurieux1 \
Accusoit à la fois les hommes et les Dieux ! 1040
Ah ! que vous auriez vu , sans que je vous le die ,
De combien votre amour m'est plus cher que ma vie !
Qui sait même , qui sait si le ciel irrité
A pu souffrir l'excès de ma félicité ?
Hélas ! il me sembloit qu'une flamme si belle 1045
M'élevoit au-dessus du sort d'une mortelle.
ACHILLE
Ah ! si je vous suis cher, ma princesse, vivez.
1. Ce vers et les trois suivants manquent dans l'édition de 1697, et dans celles de 1702, de 1 7 1 3 , de 1723 et de M. Aimé-Martin. Les éditions de 1698 (Amsterdam), de T736, de Luneau de Boisjermain, de la Harpe, de Geoffroy, de M. Aignan les ont rétablis, sans qu'aucune d'elles avertisse qu'ils manquent dans la dernière édition de Racine. Nous les avons aussi maintenus dans notre texte , parce qu'il nous a semblé que l'omission , nuisant beaucoup à la liaison des idées, pourrait bien être une faute d'impression. Nous n'oserions pourtant pas affirmer absolument que cette déclaration n'ait point paru à notre poète un peu trop vive dans la bouche de son Iphigénie, bien que les premiers vers du couplet soient déjà fort expressifs.
1PHIGÉNIE.