ACTE IV, SCÈNE I
Elle l'a vu pleurer, et changer de visage.
Et tu la plains , Doris ? Par combien de malheurs
Ne lui voudrois-je point disputer de tels pleurs?
Qmmdje^devrois comme elle expirer dans une heure...
Mais que dis-je , expirer? Ne crois pas qu'elle meure.
Dans un lâche sommeil crois-tu qu'enseveli
Achille aura pour elle impunément pâli ?
Achille à son malheur saura bien mettre obstacle.
Tu verras que les Dieux n'ont dicté cet oracle 1 1 1
Que pour croître à la fois sa gloire et mon tourment ,
Et la rendre plus belle aux yeux de son amant.
Hé quoi? ne vois-tu p?s tout ce qu'on fait pour elle?
On supprime des Dieux la sentence mortelle ;
Et quoique le bûcher soit déjà préparé , ru
Le nom de la victime est encore ignoré :
Tout le camp n'en sait rien. Doris , à ce silence ,j
Ne reconnois-tu pas un père qui balance ?
Et que fera-t-il donc ? Quel courage endurci
Soutiendroit les assauts qu'on lui prépare ici : 112
Une mère en fureur, les larmes d'une fille ,
Les cris , le désespoir de toute une famille ,
Le sang à ces objets facile à s'ébranler,
Achille menaçant, tout prêt à l'accabler?
Non, te dis-je, les Dieux l'ont en vain condamnée : n 2
Je suis et je serai la seule infortunée.
Ah ! si je m'en croyois. . . .
DORIS
Quoi ? Que méditez-vous ?
ÉRIPHILE
Je ne sais qui m'arrête et retient mon courroux , ? Que par un prompt avis de tout ce qui se passe , 1 Je ne coure des Dieux divulguer la menace , 1 1 3
Et publier partout les complots criminels Qu'on fait ici contre eux et contre leurs autels.
IPHIGÉNIE
DORIS
Ah ! quel dessein , Madame !
ÉRIPHILE
Ah ! Doris , quelle joie !
Que d'encens brûleroit dans les temples de Troie , Si troublant tous les Grecs, et vengeant ma prison, 1 1 3 5 Je^ouyois contre Achille armer Agamemnon ; Si leur haine , de Troie oubliant la querelle , Tournoit contre eux le fer qu'ils aiguisent contre elle , Et si de tout le camp mes avis dangereux Faisoient à ma patrie un sacrifice heureux ! 1 1 4 o
DORIS
J'entends du bruit. On vient : Glytemnestre s'avance. Remettez-vous, Madame , ou fuyez sa présence.
ÉRIPHILE
Rentrons. Et pour troubler un hymen odieux , Consultons des fureurs qu'autorisent les Dieux 1 .