‹ Œuvres; (volume 2)Chapitre 148 sur 493 · ACTE IV, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE IV

IPHIGÉNIE

Mon père ,

Cessez de vous troubler, vous n'êtes point trahi. 1 1 7 5

Quand vous commanderez , vous serez obéi.

Ma vie est votre bien. Vous voulez le reprendre :

Vos ordres sans détour pouvoient se faire entendre.

D'un œil aussi content , d'un cœur aussi soumis

Que j'acceptois l'époux que vous m'aviez promis , n 8 o

Je saurai , s'il le faut , victime obéissante ,

Tendre au fer de Galchas une tête innocente , f

Et respectant le coup par vous-même ordonné ,

Vous rendre tout le sang que vous m'avez donné.

Si pourtant ce respect , si cette obéissance n 8 5

Paroît digne à vos yeux d'une autre récompense , Si d'une mère en pleurs vous plaignez les ennuis , J'ose vous dire ici qu'en l'état où je suis Peut-être assez d'honneurs environnoient ma vie Pour ne pas souhaiter qu'elle me fût ravie , 1x90 Ni qu'en me l'arrachant un sévère destin Si près de ma naissance en eût marqué la fin. Fille d'Agamemnon, c'est moi qui la première, Seigneur, vous appelai de ce doux nom de père 1 ; C'est moi qui si longtemps le plaisir de vos yeux , 1 1 9 5 Vous ai fait de ce nom remercier les Dieux ,

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« iphig. C'est moi qui d'abord t'ai donné le nom de père, que tu as la première appelée ton enfant. La première, venant m'asseoir sur tes genoux, je t'ai fait de tendres caresses, et j'ai reçu les tiennes. » (Vers 1209-1211.) — Rotrou a ainsi traduit ce passage (acte IV, scène m) :

S'il vous souvient pourtant que je suis la première Qui vous ait appelé de ce doux nom de père, Qui vous ait fait caresse, et qui sur vos genoux Vous ait servi longtemps d'un passe-temps si doux,

IPH1GÉNIE.

Et pour qui tant de fois prodiguant vos caresses ,

Vous n'avez point du sang dédaigné les foiblesses.

Hélas ! avec plaisir je me faisois conter

Tous les noms des pays que vous allez dompter ; 1200

Et déjà , d'Ilion présageant la conquête ,

D'un triomphe si beau je préparois la fête.

Je ne m'attendois pas que pour le commencer ,

Mon sang fût le premier que vous dussiez verser.

Non que la peur du coup dont je suis menacée 1 a o 5 Me fasse rappeler votre bonté passée. Ne craignez rien : mon cœur, de votre honneur jaloux , Ne fera point rougir un père tel que vous ; Et si je n'avois eu que ma vie à défendre , J'aurois su renfermer un souvenir si tendre. 1210 Mais à mon triste sort , vous le savez , Seigneur , Une mère , un amant attachoient leur bonheur. Un roi digne de vous a cru voir la journée Qui devoit éclairer notre illustre hyménée. Déjà sûr de mon cœur à sa flamme promis, 1 2 1 5

Il s'estimoit heureux : vous me l'aviez permis. Il sait votre dessein ; jugez de ses alarmes. Ma mère est devant vous , et vous voyez ses larmes. Pardonnez aux efforts que je viens de tenter Pour prévenir les pleurs que je leur vais coûter. 1220

AGAMEMNON

Ma fille, il est trop vrai. J'ignore pour quel crime

La colère des Dieux demande une victime ;

Mais ils vous ont nommée. Un oracle cruel

Veut qu'ici votre sang coule sur un autel.

Pour défendre vos jours de leurs lois meurtrières , 1225

Mon amour n'avoit pas attendu vos prières.

Je ne vous dirai point combien j'ai résisté :

Croyez-en cet amour par vous-même attesté.

Cette nuit même encore , on a pu vous le dire ,

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