ACTE IV, SCÈNE IV
J'avois révoqué l'ordre où l'on me fit souscrire. 1 2 3 o
Sur 1 intérêt des Grecs vous l'aviez emporté.
Je vous sacrifiois mon rang, ma sûreté.
Arcas alloit du camp vous défendre l'entrée :
Les Dieux n'ont pas voulu qu'il vous ait rencontrée.
Ils ont trompé les soins d'un père infortuné , 1 2 3 5
Qui protégeoit en vain ce qu'ils ont condamné.
Ne vous assurez point sur ma foible puissance v
Quel frein pourroit d'un peuple arrêter la licence ,
Quand les Dieux, nous livrant à son zèle indiscret,
L'affranchissent d'un joug qu'il portoit à regret ? 1240
Ma fille, il faut céder. Votre heure est arrivée.
Songez bien dans quel rang vous êtes élevée.
Je vous donne un conseil qu'à peine je reçoi.
Du coup qui vous attend vous mourrez moins que moi 1 .
Montrez , en expirant , de qui vous êtes née : 1245
Faites rougir çes dieux qui vous ont condamnée.
Allez ; et que les Grecs , qui vont vous immoler , |
Reconnoissent mon sang en le voyant couler2. I
CLYTEMNESTRE
Vous ne démentez point une race funeste.
Oui, vous êtes le sang d'Atrée et de Thyeste. 1260
Bourreau de votre fille , il ne vous reste enfin
1 . Dans Rotrou aussi (acte V, scène h) Agamemnon dit à Iphigénie :
Va, j'attends plus que toi le coup de ton trépas, Et ce coup sera pire à qui n'en mourra pas;
et encore (acte IV scène m) :
Hé ! ma fille, croyez que ce sanglant dessein Me mettra plus qu'à vous le couteau dans le sein.
2. C'est un emprunt fait à Rotrou (acte IV, scène m). Mais Racine a mis dans la bouche d'Agamemnon ce que Rotrou met dans celle d'Iphigénie :
Le sang qui sortira de ce sein innocent Prouvera, malgré vous, sa source en se versant.
214 IPHIGÉNÏE.
Que d'en faire à sa mère un horrible festin 1 . Barbare ! c'est donc là cet heureux sacrifice Que vos soins préparoient avec tant d'artifice. Quoi ? l'horreur de souscrire à cet ordre inhumain 1 2 5 5 N'a pas , en le traçant , arrêté votre main ? Pourquoi feindre à nos yeux une fausse tristesse ? Pensez-vous par des pleurs prouver votre tendresse ? Où sont-ils, ces combats que vous avez rendus? Quels flots de sang pour elle avez-vous répandus ? n6o Quel débris parle ici de votre résistance ? Quel champ couvert de morts me condamne au silence ? Voilà par quels témoins il falloit me prouver , Cruel , que votre amour a voulu la sauver. Un oracle fatal ordonne qu'elle expire. 1265 Un oracle dit-il tout ce qu'il semble dire ? Le ciel, le juste ciel, par le meurtre honoré, Du sang de l'innocence est-il donc altéré ? Si du crime d'Hélène on punit sa famille , Faites chercher à Sparte Hermione sa fille : 1270 Laissez à Ménélas racheter d'un tel prix | Sa coupable moitié, dont il est trop épris. Mais vous , quelles fureurs vous rendent sa victime ? Pourquoi vous imposer la peine de son crime ? Pourquoi moi-même enfin me déchirant le flanc , 1275 Payer sa folle amour du plus pur de mon sang 2 ?
1 . Cette allusion au festin d'Atrée, qui ne se trouve pas dans Euripide, a probablement été suggérée à Racine par ces vers de Rotrou (acte IV, scène iv) :
Va, père indigne d'elle, et digne fils d'Atrée, Par qui la loi du sang fut si peu révérée, Et qui crut comme toi faire un exploit fameux Au repas qu'il dressa du corps de ses neveux.
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« clyt. C'est Ménélas, puisqu'il s'agit de son seul intérêt, qui doit im-