ACTE IV, SCÈNE VI
Trouveront d'Ilion la fatale journée1.
J'entrevois vos mépris , et juge à vos discours
Combien j'achèterois vos superbes secours.
De la Grèce déjà vous vous rendez l'arbitre :
Ses rois, à vous ouïr, m'ont paré d'un vain titre. 1 4 1 o
Fier de votre valeur, tout, si je vous en crois,
Doit marcher, doit fléchir, doit trembler sous vos lois.
Un bienfait reproché tint toujours lieu d'offense 2.
Je veux moins de valeur, et plus d'obéissance.
Fuyez. Je ne crains point votre impuissant courroux3,
Et je romps tous les nœuds qui m'attachent à vous.
ACHILLE
Rendez grâce au seul nœud qui retient ma colère. D'Iphigénie encor je respecte le père.
Peut-être , sans ce nom , le chef de tant de rois M'auroit osé braver pour la dernière fois. 1 420
Je ne dis plus qu'un mot; c'est à vous de m'entendre : J'ai votre fille ensemble et ma gloire à défendre. Pour aller jusqu'au cœur que vous voulez percer, | Voilà par quel chemin vos coups doivent passer, f
1. Cette réponse d'Agamemnon est également imitée de V Iliade (livre I, vers 173 et suivants) :
$evye /xâ/', st roi 6u/jloç kTzéoauxa.1 ' oùSé a' è'yoïye AtaaofiKt etvex1 k[xsXo péveiv nctp' è'/xotys xaî a/Aot, Ot xs lks TtfJLYjaouai. . . .
— Les mots « la fatale journée » traduisent la locution homérique : u.Ïgi[j.ov ou popeifiov ou cXiÔpiov rjixoLp : voyez Y Iliade, livre VIII, vers 72; livre XV, vers 6i3; livre XIX, vers 294.
2. Dans les OEuvres de Corneille , tome VII, p. 492, note 1, M. Marty-Laveaux a comparé à ce vers les vers 73 et 74 de Cinnu, 705 et 706 de Sureau.