‹ Œuvres; (volume 2)Chapitre 154 sur 493 · ACTE IV, SCÈNE VI · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE VI

Mon cœur pour la sauver vous ouvroit une voie ; 1 3 6 5 Mais vous ne demandez, vous ne cherchez que Troie. Je vous fermois le champ où vous voulez courir. Vous le voulez, partez : sa mort va vous l'ouvrir.

ACHILLE

Juste ciel ! Puis-je entendre et souffrir ce langage?

Est-ce ainsi qu'au parjure on ajoute l'outrage ? 1870

Moi, je voulois partir aux dépens de ses jours?

Et que m'a fait à moi cette Troie où je cours ?

Au pied de ses remparts quel intérêt m'appelle?

Pour qui , sourd à la voix d'une mère immortelle ,

Et d'un père éperdu négligeant les avis , 1375

Vais-je y chercher la mort tant prédite à leur fils?

Jamais vaisseaux partis des rives du Scamandre

Aux champs thessaliens osèrent-ils descendre ?

Et jamais dans Larisse un lâche ravisseur

Me vint-il enlever ou ma femme ou ma sœur? 1 3 8 o

Qu'ai-je à me plaindre? Où sont les pertes que j'ai faites ?

Je n'y vais que pour vous, barbare que vous êtes1,

Pour vous , à qui des Grecs moi seul je ne dois rien ,

Vous, que j'ai fait nommer et leur chef et le mien,

Vous , que mon bras vengeoit dans Lesbos enflammée ,

Avant que vous eussiez assemblé votre armée.

Et quel fut le dessein qui nous assembla tous?

Ne courons-nous pas rendre Hélène à son époux?

1 . On sait que ce n'est pas Euripide, mais Homère que Racine a imité dans cette scène. Il s'est inspiré surtout de la querelle d'Achille et d'Agamemnon dans le Ier livre de VIliade. L'Achille d'Homère parle à peu près comme celui de Racine dans les vers suivants :

Où yotp eyco Tpûuv é'vex' îfi\vQov at^//-vjTâwv Aevpo /y.u-/v}<7Ô/j.evo<;' èirei cù'ti fioi ovCrtoi sisiv. Où ykp 7rw7TOT' è[ikç fiovç vjAac-av, oûSè p.h ïuttovç. Oùàé 7T0t' èv $6cç èptêwAaxt, ^wriaveip]? Kapnov iS-/)X-fiaxvTO

'A^à croi, S) [xéy' avoués, à//' é<7izofxsô\ ofpcc au ^atjOvjç.

{Iliade, livre I, vers i52-i58.)

IPHIGÉNIE

Depuis quand pense-t-on qu'inutile à moi-même

Je me laisse ravir une épouse que j'aime? 1390

Seul d'un honteux affront votre frère blessé

A-t-il droit de venger son amour offensé 1 ?

Votre fille me plut, je prétendis lui plaire;

Elle est de mes serments seule dépositaire.

Content de son hymen, vaisseaux, armes, soldats, i3g5

Ma foi lui promit tout, et rien à Ménélas.

Qu'il poursuive , s'il veut , son épouse enlevée ;

Qu'il cherche une victoire à mon sang réservée.

Je ne connois Priam , Hélène , ni Paris 2 ;

Je voulois votre fille , et ne pars qu'à ce prix. 1400

AGAMEMNON

Fuyez donc. Retournez dans votre ïhessalie.

Moi-même je vous rends le serment qui vous lie.

Assez d'autres viendront , à mes ordres soumis ,

Se couvrir des lauriers qui vous furent promis ,

Et par d'heureux exploits forçant la destinée , 1 4 o 5

1 . Achille répond à Ulysse, qu'a député vers lui Agamemnon pour essayer de l'apaiser :

. f . Tt Sè iïet izoàe/JLtÇs'y.ev<x.i Tpûeaaiv Apyst'ouç; Tt <?è locov à.vriya.ysv £V0«<T àye(p«,ç 5At/5suT»7s; ï5 oi>x 'EAs'vrçç evsx' ■fiOxéfj.oio; ''H poùvoi yûéoixs' klb-^ouç, fispônùiv àvdpûnav 'Afpsîtfai ; èitsi, ootiç &vyp à.yor.6àç xaî kyéfpoiv, Tvjv uÙtoO fdéei xat x/j(?£Taf àç xat syù tyjv 'Ex ôvfjLOv fi'Xeov. . . .

(Iliade, livre IX, vers 337-343.)

Virgile aussi a imité quelques-uns de ces vers d'Homère; il fait dire à Turnus (Énéide, livre IX, -vers i38 et i3c)) :

.... Nec solos tangit Atridas Iste dolor, solisque licet capere arma Mycenis.

2. Dans Euripide, c'est Iphigénie qui dit à son père (vers 122 5 et 1226) :

Tt jj.01 fjLSTea'ci TÛv'AXeÇâ.viïpov yx/iav

ce Qu'ai-je de commun avec le mariage de Paris et d'Hélène ? »

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