‹ Œuvres; (volume 2)Chapitre 165 sur 493 · ACTE V, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE II

Songez-vous , pour trancher d'inutiles discours , t 5 3 5 Que le bonheur d'Achille est fondé sur vos jours?

Le ciel n'a point aux jours de cette infortunée

Attaché le bonheur de votre destinée.

Notre amour nous trompoit ; et les arrêts du sort

Veulent que ce bonheur soit un fruit de ma mort. 1640

Songez , Seigneur, songez à ces moissons de gloire

Qu'à vos vaillantes mains présente la victoire.

Ce champ si glorieux où vous aspirez tous,

Si mon sang ne l'arrose, est stérile pour vous.

Telle est la loi des Dieux à mon père dictée. 1 5 4 5

En vain , sourd à Calchas , il Ta voit rejetée :

Par la bouche des Grecs contre moi conjurés

Leurs ordres éternels se sont trop déclarés.

Partez : à vos honneurs j'apporte trop d'obstacles.

Vous-même dégagez la foi de vos oracles ; 1 5 5 o

Signalez ce héros à la Grèce promis ;

Tournez votre douleur contre ses ennemis.

Déjà Priam pâlit; déjà Troie en alarmes

Redoute mon bûcher, et frémit de vos larmes.

Allez ; et dans ses murs vides de citoyens , 1 5 5 5

Faites pleurer ma mort aux veuves des Troyens.

Je meurs dans cet espoir, satisfaite et tranquille.

Si je n'ai pas vécu la compagne d'Achille,

J'espère que du moins un heureux avenir

A vos faits immortels joindra mon souvenir ; 1 5 6o

Et qu'un jour mon trépas, source de votre gloire,

Ouvrira le récit d'une si belle histoire1.

1 . Voici comment Iphigénie , dans Euripide , exprime la même généreuse résolution en présence de sa mère et d'Achille :

KaT0av£ÎV fj.év jxoi §é§ox.Tcu' toOto <?' ocOto (Zoû)ofiu.t Eiix>ewç 7rpôc|at, Tzocpeitjtx. / èxizoàùv to âW/svéç.... Kâv èfioi TXOpÔfxôç re vawv, xat $puy&v xcx.Ta.axa.fcci.... Kat flou xàsoç,

a3o IPHIGÉNIE.

Adieu, Prince; vivez, digne race des Dieux,

ACHILLE

Non, je ne reçois point vos funestes adieux.

En vain par ce discours votre cruelle adresse r 5 6 5

Veut servir votre père , et tromper ma tendresse .

En vain vous prétendez , obstinée à mourir ,

Intéresser ma gloire à vous laisser périr :

Ces moissons de lauriers , ces honneurs , ces conquêtes ,

Ma main, en vous servant, les trouve toutes prêtes, i 5 7 o

Et qui de ma faveur se voudroit honorer 1

Si mon hymen prochain ne peut vous assurer ?

Ma gloire, mon amour vous ordonnent de vivre.

Venez, Madame ; il faut les en croire, et me suivre.

'E-ÀAàiT wç -rjXevOépcaaa, fjt,ccxâ.piov yevvj'ffSTat

'AMà fiuptot /jtiv v.viïpeç, v.mzîatv TzsfpoLyfj.évoi, Mupt'ot <?' kpéTfj' s'xovtsç, itotrpîdoç i)§ixYi[j.é-jris1 Apâv rt ToXfjLYiuovavj ky 6pobç, %Ù7zip 'EDàiïoç ôcuveiv 'H <?' è/xy] <po^r), [xC ouacc, 7râvra xcûXùaet rccô's;...

Atôcofx.i a Si fia. zoùpàv 'EùXâSt.

©lier', èxivopdsÏTS Tpoîa.v. Taûra ykp /xvv;/ast'â fxov Atà fjLocxpoO, xcù 7T«t£?eç ourot xat y<k[xoi xa.i (?d|' è/J-vj.

« J'ai résolu de mourir ; et je veux que ce soit avec gloire, en éloignant de

mon cœur toute lâche pensée De moi seul dépend le départ de la flotte, la

destruction des Phrygiens Une gloire divine s'attachera à mon nom, parce

que j'aurai délivré la Grèce Eh quoi? des milliers d'hommes couverts de

leurs armes, des milliers de rameurs, pour venger leur patrie outragée, brûleront de signaler leur audace contre les ennemis , et de mourir pour la Grèce , et ma vie, la vie d'une seule femme, les arrêtera!... Je donne mon sang à la Grèce. Verse/-le ; allez ravager Troie ! Ses ruines seront les monuments durables de mon souvenir, mes enfants, mon hymen, ma gloire. » (Vers i357-i38i.) — Rotrou a ainsi imité ce passage (acte IV, scène vi) :

Laissez donc accomplir les vœux de la déesse. Je lui donne mon sang, je le donne à la Grèce. Tirez-le-moi du sein, arrousez-en l'autel : Ce n'est pas trop payer un renom immortel. Fille, à mille vaisseaux j'aurai tracé la voie, J'aurai puni Paris, j'aurai saccagé Troie, Vengé l'honneur des Grecs, satisfait Ménélas, Et pour tous ces exploits il ne faut qu'un trépas.

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