‹ Œuvres; (volume 2)Chapitre 166 sur 493 · ACTE V, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE II

IPHIGÉNIE

Qui ? moi ? que contre un père osant me révolter , 1575

Je mérite la mort que j'irois éviter?

Où seroit le respect? Et ce devoir suprême —

ACHILLE

Vous suivrez un époux avoué par lui-même.

C'est un titre qu'en vain il prétend me voler.

Ne fait-il des serments que pour les violer ? 1 § 8 o

Vous-même , que retient un devoir si sévère ,

Quand il vous donne à moi , n'est-il point votre père ?

Suivez-vous seulement ses ordres absolus

Quand il cesse de l'être et ne vous connoît plus?

Enfin, c'est trop tarder, ma princesse; et ma crainte —

IPHIGÉNIE

Quoi? Seigneur, vous iriez jusques à la contrainte?

D'un coupable transport écoutant la chaleur ,

Vous pourriez ajouter ce comble à mon malheur ?

Ma gloire vous seroit moins chère que ma vie ?

Ah ! Seigneur, épargnez la triste Iphigénie. 1 590

Asservie à des lois que j'ai dù respecter,

C'est déjà trop pour moi que de vous écouter.

Ne portez pas plus loin votre injuste victoire ;

Ou par mes propres mains immolée à ma gloire ,

Je saurai m'affranchir , dans ces extrémités , 1 5 9 5

Du secours dangereux que vous me présentez.

ACHILLE

Hé bien! n'en parlons plus. Obéissez, cruelle,

Et cherchez une mort qui vous semble si belle.

Portez à votre père un cœur où j' entre voi

Moins de respect pour lui que de haine pour moi. 1600

Une juste fureur s'empare de mon àme.

Vous allez à l'autel, et moi, j'y cours, Madame.

Si de sang et de morts le ciel est affamé,

Jamais de plus de sang ses autels n'ont fumé.

IPHIGÉNIE

A mon aveugle amour tout sera légitime. r 60 5

Le prêtre deviendra la première victime 1 ;

Le bûcher , par mes mains détruit et renversé ,

Dans le sang des bourreaux nagera dispersé ;

Et si dans les horreurs de ce désordre extrême

Votre père frappé tombe et périt lui-même, 1 6 1 u

Alors, de vos respects voyant les tristes fruits,

Reconnoissez les coups que vous aurez conduits.

IPHIGÉNIE

Ah! Seigneur. Ah! cruel Mais il fuit, il m'échappe.

O toi , qui veux ma mort , me voilà seule , frappe ; Termine , juste ciel , ma vie et mon effroi , 1 6 1 5

Et lance ici des traits qui n'accablent que moi.

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