‹ Œuvres; (volume 2)Chapitre 17 sur 493 · ACTE I, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE II

Vous devez à ces mots recoimoître Pharnace.

C'est lui, Seigneur, c'est lui dont la coupable audace

Veut, la force à la main, m' attacher à son sort 145

Par un hymen pour moi plus cruel que la mort.

Sous quel astre ennemi faut-il que je sois née?

Au joug d'un autre hymen sans amour destinée ,

A peine je suis libre et goûte quelque paix ,

Qu'il faut que je me livre à tout ce que je hais. 1 5o

Peut-être je devrois, plus humble en ma misère,

Me souvenir du moins que je parle à son frère.

Mais, soit raison, destin, soit que ma haine en lui

Confonde les Romains dont il cherche l'appui,

Jamais hymen formé sous le plus noir auspice , 1 5 5

De l'hymen que je crains n'égala le supplice.

Et si Monime en pleurs ne vous peut émouvoir,

Si je n'ai plus pour moi que mon seul désespoir,

Au pied du même autel où je suis attendue,

Seigneur, vous me verrez, à moi-même rendue, 160

Percer ce triste cœur qu'on veut tyranniser,

Et dont jamais encor je n'ai pu disposer.

Madame, assurez-vous de mon obéissance; Vous avez dans ces lieux une entière puissance. Pharnace ira, s'il veut, se faire craindre ailleurs. i65 Mais vous ne savez pas encor tous vos malheurs.

MONIME

Hé ! quel nouveau malheur peut affliger Monime , Seigneur ?

XIPHARÈS

Si vous aimer c'est faire un si grand crime , Pharnace n'en est pas seul coupable aujourd'hui; Et je suis mille fois plus criminel que lui. 17c

MONIME

Vous !

MITHRIDATE

X1PHARÈS

Mettez ce malheur au rang des plus funestes ; Attestez , s'il le faut , les puissances célestes Contre un sang malheureux , né pour vous tourmenter , Père, enfants animés à vous persécuter.

Mais avec quelque ennui que vous puissiez apprendre i 7 5 Cet amour criminel qui vient de vous surprendre , Jamais tous vos malheurs ne sauroient approcher Des maux que j'ai soufferts en le voulant cacher. Ne croyez point pourtant que semblable à Pharnace , Je vous serve aujourd'hui pour me mettre en sa place. 1 8 o Vous voulez être à vous, j'en ai donné ma foi, Et vous ne dépendrez ni de lui ni de moi. Mais quand je vous aurai pleinement satisfaite, En quels lieux avez-vous choisi votre retraite ? Sera-ce loin, Madame, ou près de mes États? z85 Me sera-t-il permis d'y conduire vos pas? Verrez-vous d'un même œil le crime et l'innocence? En fuyant mon rival , fuirez-vous ma présence ? Pour prix d'avoir si bien secondé vos souhaits, Faudra-t-il me résoudre à ne vous voir jamais? 190

MOIS IME.

Ah ! que m'apprenez-vous ?

XIPHARÈS

Hé quoi ? belle Monime , Si le temps peut donner quelque droit légitime , Faut-il vous dire ici que le premier de tous Je vous vis, je formai le dessein d'être à vous, Quand vos charmes naissants, inconnus à mon père, 195 N'avoient encor paru qu'aux yeux de votre mère ? Ah ! si par mon devoir forcé de vous quitter , Tout mon amour alors ne put pas éclater , Ne vous souvient-il plus , sans compter tout le reste , Combien je me plaignis de ce devoir funeste ? 200

Page 1