Préface du Recueil de dissertations, p. cxxni
PHÈDRE
ne pouvoir s'y méprendre, la manière de l'auteur de la Folle querelle.
Avant de s'appesantir sur les chicanes de détail, la dissertation condamne le sujet de la tragédie : un crime tel que celui de Phèdre « ne donnant que de très-méchantes idées, ne devoit jamais remplir notre scène1.... J'ai vu les dames les moins délicates n'entendre ces mots, dont cette pièce est farcie, qu'avec le dégoût que donnent les termes les plus libres, dont la modestie ne peut s'empêcher de rougir; et je trouverois M. Racine fort dangereux, s'il avoit fait cette odieuse criminelle aussi aimable et autant à plaindre qu'il en avoit envie, puisqu'il n'y a point de vice qu'il ne pût embellir et insinuer agréablement après ce succès 2. » La manière dont Racine a peint le caractère des personnages n'est pas plus heureuse que le choix du sujet : « M. Racine a fait son Thésée trop crédule et trop imprudent3.... Phèdre est un caractère forcené ; M. Racine lui donne trop d'amour, trop de fureur et trop d'effronterie4. » Subligny ne fait grâce qu'au personnage d'Aricie ; c'est une des singularités de son jugement : « Pour Aricie, j'avouerai de bonne foi que c'est un personnage épisodique assez heureusement trouvé, et assez bien conduit par M. Racine5. » Pour achever de donnerune idée de sa critique judicieuse, rappelons comment il apprécie l'admirable scène qui est la troisième du premier acte : « Cette languissante conversation de Phèdre et d'OEnone est prise toute entière et mot pour mot d'Euripide, mais elle n'en est pas moins belle, et j'estimerois autant cette traduction qu'une chose inventée, si elle n'étoit point ennuyeuse6. » Hippolyte amoureux, qui lui donnait occasion d'être une fois du moins sévère sans choquer le bon sens, n'a pu lui suggérer que ces pauvres réflexions : « Je ne pense pas que vous approuviez M. Racine d'avoir souillé l'innocence d'Hippolyte que tant de siècles et d'auteurs ont respectée, et de l'avoir, par cette tendresse criminelle, rendu capable d'une révolte si ingrate à l'égard de son père et si dangereuse pour lui — C'est vouloir faire passer.... un Joseph pour un Absalon7. »
Les censeurs de Racine étaient alors pour la plupart si peu