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chevaux de sa propre main, et si vous passerez dans ce récit la fiction
D'un dieu qui d'aiguillons pressoit leurs flancs poudreux.
Mais pour moi je ne puis souffrir que M. Racine fasse un dieu Piquebœuf et un prince palefrenier 1 . »
Dans la conclusion de cette diatribe, le critique affectait de l'impartialité. Il confessait qu'après tout la tragédie de Phèdre « ne laisse pas d'être belle. » Moins ami de Pradon qu'ennemi de Racine, s'il fait la part beaucoup trop belle encore au ridicule antagoniste du grand poète, il est loin de lui donner une complète approbation. Sa pièce, dit-il, « n'est point remplie de ces grandes intrigues, soutenue de ces hautes pensées, ni écrite de ce sublime que demande la majesté du cothurne tragique; elle est mieux intriguée que celle de M. Racine; elle suspend davantage les esprits et excite un peu plus la curiosité; mais les incidents n'en sont point d'une belle invention.... H y a des fautes de jugement qu'on ne peut pardonner2. » Ce qu'il a très-bien compris, c'est que « la Phèdre de M, Pradon n'étant point mariée avec Thésée, n'est point cette incestueuse Phèdre.... Il a détruit le sujet en voulant affoiblir le crime.... et cet auteur, craignant d'enfreindre les lois de la modestie et de la bienséance, a violé les règles du théâtre et du bon sens3. » Plus loin il reconnaît qu'il n'y a pas quarante vers supportables en tout ce poëme de Pradon4. Cette demijustice exercée contre l'auteur de la Phèdre du théâtre de Guénégaud ne suffit pas, il s'en faut, pour mériter la faveur avec laquelle Saint-Marc, dans son édition des Œuvres de fioileaub, parle de cette dissertation, qui, à son avis, « renferme.... des réflexions très-solides. »
De Visé, qui dans le Mercure galant de 1677 écrivit deux lettres sur Phèdre, évita de porter sur cette pièce un jugement formel. Il se contenta d'insinuer que le sujet n'en était pas heureux, et qu'on eût bien fait « d'en épargner l'horreur aux spectateurs françois. » Du reste, il reconnaissait, comme Subligny, qu'après l'avoir choisi, on avait dû en accepter les condi-
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NOTICE
tions essentielles, ce que Pradon avait eu tort de ne pas faire, et que « c'est ne l'avoir pas traité que d'avoir éloigné l'image de l'amour incestueux. » Se bornant à cette remarque, il déclarait « écarter toute comparaison entre deux tragédies si différentes par le sujet, » et louait du moins les beaux vers de Racine.
Nous pouvons nous faire aussi quelque idée des jugements contemporains par certains traits qui ont été recueillis alors dans les entretiens. Brossette nous apprend1 que beaucoup de personnes, forcées d'avouer que les vers de Racine étaient mieux tournés que ceux de Pradon, se consolaient en disant que celuici avait été beaucoup plus régulier dans la conduite de sa tragédie. Boileau lui avait à ce sujet conté une anecdote où se peint son caractère. Il était à souper chez Mme de Broglio. Là « M. de Beaumont2, dit Brossette, après avoir disputé longtemps sur le parallèle des deux tragédies, soutenait enfin que les règles avoient été mieux observées par M. Pradon que par M. Racine. « Ah! ce n'est donc plus que des règles que vous parlez, lui dit a M. Despréaux : or je m'en vais vous faire voir par les règles « mêmes combien vous vous trompez. La péripétie et Yagnition « se doivent rencontrer ensemble dans la tragédie, et c'est ce qui « arrive dans la Phèdre de M. Racine et qui n'est point dans celle
« de Pradon » M . de Beaumont interrompit M . Despréaux pour
lui demander ce que c'étoit que la péripétie et Vagnition. a Ah ! « ah ! lui répondit M. Despréaux, vous voulez parler des règles, « et vous n'en entendez pas même les termes. Apprenez à ne pas « vouloir disputer d'une chose que vous n'avez jamais apprise. » Cette moquerie était sans doute la meilleure réponse à faire aux puériles chicanes d'un pédantisme qui se payait de mots.
Racine connut une autre objection faite à sa tragédie, et qui le toucha certainement plus que celle d'une prétendue violation des règles. Cette objection fut faite par un admirateur de Phèdre, par un homme dont le suffrage avait pour notre poëte un prix tout particulier. «Pourquoi, disait Arnauld au témoignage de Valincour et de Louis Racine, pourquoi a-t-il fait son Hippolyte