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Galerie des acteurs, tome I, p

NOTICE

au dix-huitième siècle ont raconté de la terrible vengeance que la tragédienne aurait provoquée par quelques vers de Phèdre, récités avec toute la brûlante énergie d'une passion personnelle? Ces mêmes vers dont la Champmeslé, suivant Brossette, avait craint que Mme de Montespan ne se fît l'application, Mlle Lecouvreur, dit-on, les adressa du geste et du regard, avec un magnifique mépris, à la puissante rivale qui lui disputait le cœur du maréchal de Saxe ; le public comprit et confirma l'outrage par ses applaudissements. On ajoute que peu de jours après la duchesse de Bouillon (nom fatal dans l'histoire de Phèdre) fit mourir par le poison celle qui l'avait insultée. Si cette lugubre aventure, dont s'est emparé de notre temps le théâtre n'est pas un roman arrangé à plaisir ou rêvé par des imaginations frappées , voilà une représentation de Phèdre qui n'a jamais eu d'égale pour l'effet tragique.

Peu d'années après la mort d'Adrienne Lecouvreur, Phèdre renaquit dans toute sa gloire en la personne de Mlle Dumesnil. L'année même où cette actrice se fit connaître sur la scène française, elle joua cinq fois le grand rôle qui convenait si bien à son talent pathétique ; et ce fut après y avoir été admirée à Fontainebleau, le 7 octobre de cette même année, qu'elle fut admise à la Comédie. Au témoignage de ses contemporains, elle s'y: surpassait elle-même, comme avait fait Mlle Lecouvreur; et cependant elle trouva une digne émule dans Mlle Clairon , qui , bien jeune encore , eut l'audace de lutter contre une renommée si justement conquise. Il semble qu'entre les deux tragédiennes la victoire soit restée indécise. « Nous avons vu, disent les éditeurs du Racine de 18072, remplir alternativement ce rôle par les deux plus grandes actrices de la Comédie française : Mlle Dumesnil et Mlle Clairon, qui toutes deux l'ont joué d'une manière admirable, quoique fort différemment l'une de l'autre. » En mars 1 74^9 Mlle Clairon

1. Dans la comédie de M. Legouvé, qui a pour titre : Adrienne Lecouvreur, comédie-drame , en cinq actes , en prose , représentée le 14 avril 1849* — Dans une de ses lettres à Mme de Calandrini, Mlle Aïssé raconte la mort d'Adrienne Lecouvreur, avec des détails qu'elle tenait évidemment de d'Argental. Mais l'anecdote de la scène de Phèdre ne se trouve pas dans son récit.

2. Additions des éditeurs sur Phèdre , tome IV, p. 3y5 et 376.

PHÈDRE

avait débuté au Théâtre-Français par la comédie; quelques mois après, elle voulut aborder la tragédie, et demanda qu'on lui confiât d'abord le rôle de Phèdre. On lui en proposait d'autres, par exemple celui d'Aricie, et l'on riait de son audace, à laquelle on refusait de donner libre carrière. « La colère (c'est elle-même qui raconte1), la colère me dévorait ; mais la fierté me soutint. Je répondis aussi tranquillement et surtout aussi majestueusement qu'il m'était possible : « Mes- « sieurs, vous me voulez, ou vous ne me voulez pas; j'ai le « droit de choisir. Je jouerai Phèdre, ou ne jouerai rien. » Tout le monde se contint; on accepta, et je débutai par Phèdre. » C'était le 19 septembre t 7 4 3 . La jeune débutante était plus jolie que belle et de petite taille. Elle n'eut jamais, même plus tard, la véhémence entraînante, les inspirations sublimes et la flamme de la Dumesnil, mais de bonne heure son art fut consommé. Dès la première représentation, le succès, auquel personne ne s'était attendu, justifia sa confiance. Nous avons vu, dans les notices de pièces précédentes, qu'elle avait pris soin de nous donner quelque idée de l'intelligente étude faite par elle de ses principaux rôles. Voici comment elle parle de celui de Phèdre. Son style, nous l'avons fait remarquer ailleurs, n'est pas un modèle; mais ses observations, pleines de sagacité, peuvent avoir de l'intérêt ; elles font connaître le caractère de son interprétation : « Racine a marqué d'acte en acte les gradations que la passion de Phèdre doit avoir. Suivez l'auteur exactement dans sa marche; tâchez de

l'atteindre ; gardez-vous de prétendre le surpasser Je m'étais

prescrit, dans tout ce qui tient aux remords, une diction simple, des accents nobles et doux, des larmes abondantes, une physionomie profondément douloureuse, et, dans tout ce qui tient à l'amour, l'espèce d'ivresse, de délire que peut offrir une somnambule conservant dans les bras du sommeil le souvenir du feu qui la consume en veillant..., Dans la scène du second acte avec Hippolyte, je disais le premier couplet d'une voix basse, tremblante et sans oser lever les yeux.... Le second couplet

avait une émotion différente : mes mots étaient entrecoupés

par le battement de mon cœur, et non par la crainte. Au troi-

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