Enéide , livre VII, vers
3. Racine n'avait-il pas lu cette histoire d'une Aricie athénienne dans une traduction des Tableaux de Philostrate, publiée en 161 5, en un volume in-folio, à Paris, chez la veuve Abel Langelier, sous ce titre : Les Images ou tableaux de platte peinture des deux Philostrates, .... mis en François par Biaise de Vigenere ? Dans V Annotation du tableau d' 'Hippolyte, au livre second, p. 3n, il est dit à propos de la forêt Aricine mentionnée par Ovide : « On estime que ce lieu fut ainsi appelé d'une belle jeune demoiselle de la contrée d'Attique, nommée Aricie, de laquelle Hippolyte s'étant énamouré, l'emmena en Italie, où il l'épousa. » — Pradon, dans la préface de sa Phèdre^ dit avoir tiré son épisode d'Aricie des Tableaux de Philostrate.
PHÈDRE
en Italie une jeune Athénienne de grande naissance, qui s'appeloit Aricie, et qui avoit donné son nom à une petite ville d'Italie.
Je rapporte ces autorités, parce que je me suis trèsscrupuleusement attaché à suivre la fable . J'ai même suivi l'histoire de Thésée, telle qu'elle est dans Plutarque.
C'est dans cet historien que j'ai trouvé que ce qui avoit donné occasion de croire que Thésée fût descendu dans les enfers pour enlever Proserpine , étoit un voyage que ce prince avoit fait en Epire vers la source de Y Achéron , chez un roi dont Pirithoûs vouloit enlever la femme , et qui arrêta Thésée prisonnier , après avoir fait mourir Pirithoûs *. Ainsi j'ai tâché de conserver la vraisemblance de l'histoire, sans rien perdre des ornements de la fable, qui fournit extrêmement à la poésie. Et le bruit de la mort de Thésée, fondé sur ce voyage fabuleux, donne lieu à Phèdre de faire une déclaration d'amour qui devient une des principales causes de son malheur , et qu'elle n'auroit jamais osé faire tant qu'elle auroit cru que son mari étoit vivant.
Au reste, je n'ose encore assurer que cette pièce soit en effet la meilleure de mes tragédies. Je laisse et aux lecteurs et au temps à décider de son véritable prix. Ce que je puis assurer, c'est que je n'en ai point fait où la vertu soit plus mise en jour que dans celle-ci. Les moindres fautes y sont sévèrement punies. La seule pensée du crime y est regardée avec autant d'horreur que le crime même. Les foiblesses de l'amour y passent pour de vraies foiblesses ; les passions n'y sont présentées aux yeux que pour montrer tout le désordre dont elles sont cause ; et
i . Voyez Plutarque, Vie de Thésée, chapitre xxxi ; et Pausanias, Attique, chapitre xvn. — Le roi dont Pirithoiis voulait enlever, selon Plutarque, la fille, et, selon Pausanias, la femme, s'appelait JEdonée (en grec 'AïSwveiç, un des noms d'Hadès ou Pluton).
PRÉFACE
le vice y est peint partout avec des couleurs qui en font connoître et haïr la difformité. C'est là proprement le but que tout homme qui travaille pour le public doit se proposer; et c'est ce que les premiers poëtes tragiques avoient en vue sur toute chose . Leur théâtre étoit une école où la vertu n'étoit pas moins bien enseignée que dans les écoles des philosophes. Aussi Aristote a bien voulu donner des règles du poëme dramatique ; et Socrate, le plus sage des philosophes, ne dédaignoit pas de mettre la main aux tragédies d'Euripide1. Il seroit à souhaiter que nos ouvrages fussent aussi solides et aussi pleins d'utiles instructions que ceux de ces poëtes. Ce seroit peut-être un moyen de réconcilier la tragédie avec quantité de personnes, célèbres par leur piété et par leur doctrine, qui l'ont condamnée dans ces derniers temps2, et qui en jugeroient sans doute plus favorablement , si les auteurs songeoient autant à instruire leurs spectateurs qu'à les divertir, et s'ils suivoient en cela la véritable intention de la tragédie.
1. Diogène de Laerte, au commencement de son chapitre sur Socrate (ve du livre II), rapporte, en citant à l'appui divers témoignages, que le philosophe passait pour aider le poëte.
2. Voyez, en tête de la tragédie & Attila, antérieure à Phèdre de dix ans , une courte réponse de Corneille (tome VII des OEuvres, p. io5) « aux invectives, comme il les appelle, qu'on a publiées depuis quelque temps contre la Comédie. » Voyez en outre ce que M. Marty-La veaux dit, en note (même page io5), des deux Traités de la Comédie de Nicole et du prince de Conti, dont le premier parut en i65g et fut réimprimé dans les Essais de morale(tome III), et dont le second fut publié en 1667.
ACTEURS
THÉSÉE, fils d'Égée, roi d'Athènes.
PHÈDRE, femme de Thésée, fille de Minos et de Pasiphaé.
HIPPOLYTE, fils de Thésée, et d'Antiope1, reine des Amazones.
ARICIE, princesse du sang royal d'Athènes. OENONE, nourrice et confidente de Phèdre. THÉRAMÈNE, gouverneur d'Hippolyte.
ISMÈNE, confidente d'Aricie.
PANOPE, femme de la suite de Phèdre.
Gardes.
La scène est à Trézène, ville du Péloponnèse a.
x. Voyez ci-après, p. 3o8, note i.
2. Dans YArgolide. La scène est également à Trézène dans VHippo- Ijte d'Euripide ; elle est à Athènes dans YHippoljrte de Sénèque.
PHÈDRE'
TRAGÉDIE