‹ Œuvres; (volume 2)Chapitre 204 sur 493 · HIPPOLYTE, THÉRAMÈNE · texte numérisé non relu

HIPPOLYTE, THÉRAMÈNE

HIPPOLYTE

Le dessein en est pris : je pars, cher Théramène,

Et quitte le séjour de l'aimable Trézène.

Dans le doute mortel dont je suis agité,

Je commence à rougir de mon oisiveté.

Depuis plus de six mois éloigné de mon père , 5

J'ignore le destin d'une tête si chère ;

J'ignore jusqu'aux lieux qui le peuvent cacher.

THÉRAMÈNE

Et dans quels lieux, Seigneur, l'allez-vous donc chercher? Déjà, pour satisfaire à votre juste crainte, J'ai couru les deux mers que sépare Gorinthe ; i o

J'ai demandé Thésée aux peuples de ces bords

I. Dans la première édition, ainsi que dans l'appendice de 1676 et dans les impressions de 1678 et de 1680, le titre est : Phèdre et Hippolyte. — Voyez ci-dessus la Notice, p. 261 et 262.

J. Racine, iii 20

PHÈDRE

Où l'on voit l'Achéron1 se perdre chez les morts;

J'ai visité l'Elide , et laissant le Ténare ,

Passé jusqu'à la mer qui vit tomber Icare2.

Sur quel espoir nouveau , dans quels heureux climats i 5

Croyez-vous découvrir la trace de ses pas ?

Qui sait même, qui sait si le Roi votre père

Veut que de son absence on sache le mystère ?

Et si, lorsqu'avec vous nous tremblons pour ses jours,

Tranquille , et nous cachant de nouvelles amours , 2 o

Ce héros n'attend point qu'une amante abusée...,

HIFPOLYTE.

Cher Théramène, arrête, et respecte Thésée.

De ses jeunes erreurs désormais revenu ,

Par un indigne obstacle il n'est point retenu ;

Et fixant de ses vœux l'inconstance fatale , 2 5

Phèdre depuis longtemps ne craint plus de rivale.

Enfin en le cherchant je suivrai mon devoir,

Et je fuirai ces lieux que je n'ose plus voir.

THÉRAMÈNE

Hé ! depuis quand , Seigneur , craignez-vous la présence 3 De ces paisibles lieux , si chers à votre enfance , 3 o

1 . Louis Racine dit que son père voulut que l'on prononçât VAchéron, à la française ; mais que Lulli, à l'Opéra, tint à ce que l'on dit V Aquèron.

2. Ce voyage entrepris par l'ordre d'Hippolyte pour chercher Thésée rappelle celui de Télémaque à la recherche d'Ulysse dans VOdyssée. Racine a pu s'en souvenir. Mais le voyage de Théramène est plus long que celui de Télémaque. Les deux mers que sépare Corinthe ne doivent probablement pas s'entendre seulement de la mer de Crissa et de la mer Saronique, mais de la mer Ionienne et de la mer Egée. Théramène va jusqu'en Epire, où l'Achéron se perd dans le lac Achemsia, puis il visite l'Elide sur la côte occidentale du Péloponèse, double le promontoire de Ténare au sud delà même péninsule, et de là va jusqu'à la mer Icarienne qui baigne le littoral de l'Asie Mineure.

3. L'auteur de la Dissertation sur les deux tragédies de Phèdre cite ainsi ce vers (p, 367) :

Et depuis quand, Seigneur, fuyez-vous la présence....

Il prétend que cette expression, la présence de ces lieux, ne peut être reçue : « Avez-vous jamais ouï dire que les lieux aient une présence?»

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