‹ Œuvres; (volume 2)Chapitre 221 sur 493 · ACTE I, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE III

OENONE

Que faites-vous, Madame? et quel mortel ennui 2 55 Contre tout votre sang vous anime aujourd'hui?

PHÈDRE

Puisque Vénus le veut , de ce sang déplorable Je péris la dernière et la plus misérable 1 .

OENONE

Aimez-vous?

PHÈDRE

De l'amour j'ai toutes les fureurs.

OENONE

Pour qui?

Tu vas ouïr le comble des horreurs. 260

J'aime A ce nom fatal, je tremble, je frissonne.

J'aime....

OENONE

Qui?

I. $at(?pa. TQ T^vj/zov, otbv, pyrep, Yipà(j9-fi$ ê'pov; Tpovài. *Ov sc)(s zaOpou, ts'xvov ; 77 rî fviç roâe ; $atopa. Su t', co toUouv' o/xat/xs, Aiovûgou oây.ap. Tp 02)05. Texvov, ri 7rà(7;££iç ; ï.w/yô-jovç, xccxoppodsTç. $ oc îo pu. TpiTYj <?' èyù àùzT/jvoç , wg ctTzàXkvpioci !

« phÈdre. Mère infortunée, de quel amour tu as brûlé ! — ia nourrice. Pour ce taureau, ô ma fille? est-ce là ce que tu veux dire? — phÈdre. Et toi, malheureuse sœur, amante de Bacchus. — la. nourrice. Ma fille, que fais-tu? Tu révèles la honte de toute ta famille. — phÈdre. Et moi, qui suis la troisième malheureuse, dans quel abîme je suis tombée ! » (Euripide, Bippoljte, vers 337-341.)

C'est moins, comme l'a fait remarquer Louis Racine, ce dernier vers d'Euripide qui a été ainsi traduit par Racine :

Je péris la dernière et la plus misérable ,

que le vers 891 de VAntigone de Sophocle :

r£lv Xoiudîcx. 'yw xai xâxioTOC fxaxpco

K.OCTSI/JU

On peut comparer aussi avec tout ce passage de la tragédie les vers 55-62 de l5 É pitre de Phèdre a Hippolyte dans Ovide.

J. Racine, m 21

322 PHEDRE

Tu connois ce fils de l'Amazone , Ce prince si longtemps par moi-même opprimé ?

OENONE

Hippolyte ? Grands Dieux !

PHÈDRE

C'est toi qui l'as nommé 1 .

OENONE

Juste ciel! tout mon sang dans mes veines se glace. 26 5 O désespoir ! ô crime ! ô déplorable race ! Voyage infortuné ! Rivage malheureux , Falloit-il approcher de tes bords dangereux2?

1. Tpotpàç. Tt ftfç.) èp&ç, &i zéxvov, à.v9po')7Z(>yj Ttvcç; ^ou'dpa. "Oariq Tcod' ouro's kaô' à tvjç ,À//.aÇcvoç....

$atopa. Sou r«.S', oùx èp.ov xXùsiç.

« la nourrice. Que dis-tu ? Aimes-tu donc quelque mortel, ma fille? — Phèdre. Quel qu'il soit, ce fils de l'Amazone.... — la nourrice. Qui donc? Hippolyte ? — phèdre. C'est de ta bouche, non de la mienne, que ce nom est sorti. » (Euripide, Hippolyte, vers 35o-352.)

Dans Y Hippolyte de Gilbert (acte I, scène n) , Achrise, comme OEnone dans la tragédie de Racine, supplie Phèdre de ne plus cacher son douloureux secret. Phèdre lui répond :

. , Malgré moi ta voix me sollicite.

Je révère le fils d'Antiope. achr. Hippolyte !

phèd. Ne m'en accuse point; c'est toi qui l'as nommé.

Il se peut que Racine, comme on l'a dit souvent, ait emprunté ce dernier hémistiche à Gilbert. Cependant le vers de Gilbert se rapproche assez du texte grec, pour qu'il soit permis de supposer aussi que Racine s'est rencontré avec lui dans une même traduction.

2. Il y a un mouvement semblable dans ces vers du chœur de V Hippolyte d'Euripide, quoiqu'il n'y soit pas question du même voyage de Phèdre :

XsvxÔTTrsps Kpyaîot TlopôpiZ) a. S toc lïôvriov KO//-' écXtxruTzov &.Àp.cx.ç

'ETTÔpsu<ja.ç l//.àv avaa-aav ol&îcov ktc' oi'xoiv, Kaxoyu/x^OTocTKv ovotaiv.

oc O vaisseau de Crète aux blanches ailes, qui pour un funeste hymen as de son heureuse demeure jusque sur ces bords amené ma reine, à travers les flots grondants de la mer! » (Vers 749-753.)

Page 1