‹ Œuvres; (volume 2)Chapitre 224 sur 493 · ACTE I, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE III

Je l'évitois partout. O comble de misère!

Mes yeux le retrouvoient dans les traits de son père. 290

Contre moi-même enfin j'osai me révolter :

J'excitai mon courage à le persécuter.

Pour bannir l'ennemi dont j'étois idolâtre,

J'affectai les chagrins d'une injuste marâtre ;

Je pressai son exil, et mes cris éternels 295

L'arrachèrent du sein et des bras paternels.

Je respirois , OEnone ; et depuis son absence ,

Mes jours moins agités couloient dans l'innocence 1 .

Soumise à mon époux , et cachant mes ennuis ,

De son fatal hymen je cultivois les fruits. 3 00

Vaines précautions ! Cruelle destinée !

Par mon époux lui-même à Trézène amenée ,

J'ai revu l'ennemi que j'avois éloigné :

Ma blessure trop vive aussitôt a saigné.

Ce n'est plus une ardeur dans mes veines cachée : 3 o 5

C'est Vénus toute entière 2 à sa proie attachée 3 .

J'ai conçu pour mon crime une juste terreur;

J'ai pris la vie en haine , et ma flamme en horreur. 1

Je voulois en mourant prendre soin de ma gloire ,

Et dérober au jour une flamme si noire : 3 1 o

Je n'ai pu soutenir tes larmes , tes combats ;

Je t'ai tout avoué; je ne m'en repens pas,

Pourvu que de ma mort respectant les approches ,

Tu ne m'affliges plus par d'injustes reproches,

Et que tes vains secours cessent de rappeler 3 r 5

Un reste de chaleur tout prêt à s'exhaler4.

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