‹ Œuvres; (volume 2)Chapitre 235 sur 493 · ACTE II, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE V

Déjà mille ennemis attaquent son enfance.

Vous seul pouvez contre eux embrasser sa défense. 590

Mais un secret remords agite mes esprits.

Je crains d'avoir fermé votre oreille à ses cris.

Je tremble que sur lui votre juste colère

Ne poursuive bientôt une odieuse mère.

HIPPOLYTE

Madame, je n'ai point des sentiments si bas. 5g 5

PHÈDRE

Quand vous me haïriez , je ne m'en plaindrois pas,

Seigneur. Vous m'avez vue attachée à vous nuire ;

Dans le fond de mon cœur vous ne pouviez pas lire.

A votre inimitié j'ai pris soin de m'offrir.

Aux bords que j'habitois je n'ai pu vous souffrir. 600

En public , en secret contre vous déclarée ,

J'ai voulu par des mers en être séparée ;

J'ai même défendu , par une expresse loi ,

Qu'on osât prononcer votre nom devant moi.

Si pourtant à l'offense on mesure la peine, 60 5

Si la haine peut seule attirer votre haine ,

Jamais femme ne fut plus digne de pitié ,

Et moins digne , Seigneur, de votre inimitié.

HIPPOLYTE

Des droits de ses enfants une mère jalouse

Pardonne rarement au fils d'une autre épouse 1 . 610

Madame, je le sais. Les soupçons importuns

Sont d'un second hymen les fruits les plus communs.

Toute autre 2 auroit pour moi pris les mêmes ombrages ,

Et j'en aurois peut-être essuyé plus d'outrages.

1. Alceste, dans la tragédie de ce nom, dit semblablement (vers 322 et 323 ) :

'E^^pà yùp ri'itiovsoL ^rputà. réxvotç Tots Tzpôesds.

2. L'édition de 171 3, celle de Cologne de 1723, plus tard Luneau de Bois-

PHÈDRE

PHÈDRE

Ah! Seigneur, que le ciel , j'ose ici l'attester, 6 1 5

De cette loi commune a voulu m'excepter !

Qu'un soin bien différent me trouble et me dévore !

HIPPOLYTE

Madame, il n'est pas temps de vous troubler encore.

Peut-être votre époux voit encore le jour ;

Le ciel peut à nos pleurs accorder son retour. 620

Neptune le protège , et ce dieu tutélaire

Ne sera pas en vain imploré par mon père.

PHÈDRE

On ne voit point deux fois le rivage des morts , Seigneur. Puisque Thésée a vu les sombres bords, En vain vous espérez qu'un dieu vous le renvoie ; 625 Et l'avare Achéron ne lâche point sa proie 1 . Que dis-je? Il n'est point mort, puisqu'il respire en vous. Toujours devant mes yeux je crois voir mon époux. Je le vois, je lui parle ; et mon cœur — Je m'égare , Seigneur2, ma folle ardeur malgré moi se déclare. 63 o

HIPPOLYTE

Je vois de votre amour l'effet prodigieux.

Tout mort qu'il est, Thésée est présent à vos yeux;

jermainet les éditeurs qui l'ont suivi ont mis tout autre ; mais il y a bien toute, au féminin, dans toutes les éditions publiées du vivant de Racine.

1. Phèdre, dans Y Hippolyte de Sénèque (vers 219-221), dit à la Nourrice:

Reditusque nullos metuo. Non unquam amplius Convexa tetigit supera, qui mersus semel Adiit silentem nocte perpétua domum.

Mais Racine, pour tout ce passage, a surtout fait un emprunt direct à la scène de la déclaration dans le poète latin (vers 623-626) :

PHjED. Miserere viduae. hipp. Summus hoc omen Deus Avertat : aderit sospes actutum paï ens. vnjEX». Regni tenacis dominus et tacitae Stygis Nullam reliclos j'acit ad Superos viam.

2. Les anciennes éditions n'indiquent pas où la phrase doit être coupée. Seigneur est entre deux virgules.

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