ACTE II, SCÈNE V
Toujours de son amour votre âme est embrasée1.
PHÈDRE
Oui, Prince , je languis, je brûle pour Thésée.
Je l'aime , non point tel que Font vu les enfers , 6 3 5
Volage adorateur de mille objets divers,
Qui va du dieu des morts déshonorer la couche ;
Mais fidèle , mais fier, et même un peu farouche ,
Charmant, jeune, traînant tous les cœurs après soi,
Tel qu'on dépeint nos dieux , ou tel que je vous voi. 640
Il avoit votre port, vos yeux , votre langage,
Cette noble pudeur coloroit son visage
Lorsque de notre Crète il traversa les flots ,
Digne sujet des vœux des filles de Minos2.
Que faisiez-vous alors? Pourquoi , sans Hippolyte, 645
Des héros de la Grèce assembla-t-il l'élite ?
Pourquoi , trop jeune encor, ne pùtes-vous alors
Entrer dans le vaisseau qui le mit sur nos bords?
Par vous auroit péri le monstre de la Crète ,
Malgré tous les détours de sa vaste retraite. 65o
Pour en développer l'embarras incertain ,
Ma sœur du fil fatal eût armé votre main3.
Mais non, dans ce dessein je l'aurois devancée :