SCÈNE III
PHÈDRE, OENONE
OENONE
Il faut d'un vain amour étouffer la pensée , 825
Madame. Rappelez votre vertu passée :
Le Roi , qu'on a cru mort , va paroître à vos yeux ;
1. Dans le grand monologue de Médée, acte I, scène iv, vers 201-206 de la tragédie de ce nom, Corneille avait dit :
Souverains protecteurs des lois de l'hyménée..., Voyez de quel mépris vous traite son parjure, Et m'aidez à venger cette commune injure.
Voltaire, dans le commentaire de Médée, fait cette remarque : « Racine a imité ce vers dans Phèdre...; mais dans Corneille, il n'est qu'une beauté de poésie ; dans Racine, il est une beauté de sentiment. » Nous avouons qu'en comparant les deux passages, cette distinction nous échappe.
PHÈDRE
Thésée est arrivé, Thésée est en ces lieux.
Le peuple, pour le voir, court et se précipite.
Je sortois par votre ordre, et cherchois Hippolyte , 8 3o
Lorsque jusques au ciel mille cris élancés
PHÈDRE
Mon époux est vivant , OEnone , c'est assez 1 . J'ai fait l'indigne aveu d'un amour qui l'outrage ; Il vit : je ne veux pas en savoir davantage.
OENONE
Quoi?
PHÈDRE
Je te l'ai prédit ; mais tu n'as pas voulu. 8 3 5
Sur mes justes remords tes pleurs ont prévalu. Je mourois ce matin digne d'être pleurée ; J'ai suivi tes conseils, je meurs déshonorée2.
Vous mourez ?
PHÈDRE
Juste ciel! qu'ai-je fait aujourd'hui?
Mon époux va paroître, et son fils avec lui. 840 Je verrai le témoin de ma flamme adultère Observer de quel front j'ose aborder son père3,
1 . Ici encore la coupe du vers est indécise. Dans les anciennes éditions OEnone est entre deux virgules.