‹ Œuvres; (volume 2)Chapitre 249 sur 493 · ACTE III, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE III

De son époux trahi fuit l'aspect redoutable.

Hippolyte est heureux qu'aux dépens de vos jours 875

Vous-même en expirant appuyez1 ses discours.

A votre accusateur que pourrai-je répondre?

Je serai devant lui trop facile à confondre.

De son triomphe affreux je le verrai jouir,

Et conter votre honte à qui voudra l'ouïr. 880

Ah ! que plutôt du ciel la flamme me dévore !

Mais ne me trompez point, vous est-il cher encore?

De quel œil voyez-vous ce prince audacieux ?

PHÈDRE

Je le vois comme un monstre effroyable à mes yeux.

OENONE

Pourquoi donc lui céder une victoire entière ? 8 8 5

Vous le craignez. Osez l'accuser la première

Du crime dont il peut vous charger aujourd'hui.

Qui vous démentira 2 ? Tout parle contre lui :

Son épée en vos mains heureusement laissée,

Votre trouble présent, votre douleur passée, 890

Son père par vos cris dès longtemps prévenu,

Et déjà son exil par vous-même obtenu.

PHÈDRE

Moi, que j'ose opprimer et noircir l'innocence?

OENONE

Mon zèle n'a besoin que de votre silence.

Tremblante comme vous , j 'en sens quelque remords . 895

Vous me verriez plus prompte affronter mille morts.

1 . Il y a bien appuyez dans toutes les éditions anciennes. Luneau de Boisjermain et ceux qui sont venus après lui donnent appuyiez.

2. La Nourrice dit semblablement dans Sénèque (vers 719-724) ;

Quid segnis stupes?

Regeramus ipsi crimen, atque ultro impiam

Venerem arguamus

Ausx priores simus, an passée nefas, Sécréta quum sit culpaf quis testis sciet?

PHÈDRE

Mais puisque je vous perds sans ce triste remède,

Votre vie est pour moi d'un prix à qui tout cède 1 .

Je parlerai. Thésée, aigri par mes avis,

Bornera sa vengeance à l'exil de son fils. 900

Un père en punissant, Madame, est toujours père :

Un supplice léger suffit à sa colère.

Mais le sang innocent dût-il être versé,

Que ne demande point votre honneur menacé?

C'est un trésor trop cher pour oser le commettre. 906

Quelque loi qu'il vous dicte, il faut vous y soumettre,

Madame ; et pour sauver notre honneur combattu 2 ,

11 faut immoler tout, et même la vertu 3.

On vient; je vois Thésée.

PHÈDRE

Ah! je vois Hippolyte; Dans ses yeux insolents je vois ma perte écrite. 9 1 o

Fais ce que tu voudras, je m'abandonne à toi. Dans le trouble où je suis, je ne puis rien pour moi.

1. Et //sv yà.p 9jv 001 fJLY] '7Tt av/JLfopoiïc, fiioç Toia.îa§£, aùypoûv cT oùcr' èniy^aveç '/uvyj,

HpOGïiyov U.V as. Sîvpo • vùv c?' àycov fisycuç Iwo-at ftîov <70v, xoùx ÏTzifdovov tôSs.

« Car si votre vie n'était pas accablée d'une telle douleur, si vous étiez plus maîtresse de votre passion, jamais pour servir votre amour et vos plaisirs je ne vous pousserais à de telles résolutions. Mais à cette heure il s'agit d'engager un grand combat pour sauver vos jours; et ce que j'ose est excusable. » (Euripide, Hippolyte, vers 494-498.)

2. Dans l'édition de 1736 et dans celles de la Harpe et de M. Aimé-Martin ce vers se lit ainsi :

Madame; et pour sauver votre honneur combattu.

3. Dans sa Satire X, composée quinze ans après Phèdre, Boileau s'est élevé contre ces opéras où l'on apprend

.... Qu'à l'Amour, comme au seul dieu suprême, On doit immoler tout, jusqu'à la vertu même.

(Vers 137 et i38.)

N'avait-il pas quelque souvenir du vers de Racine , sans bien se rappeler où il l'avait vu? On ne peut supposer qu'il ait été dans sa pensée d'en faire la critique.

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