SCÈNE IV1. PHÈDRE, THÉSÉE
PHÈDRE
Seigneur, je viens à vous, pleine d'un juste effroi.
Votre voix redoutable a passé jusqu'à moi 2.
Je crains qu'un prompt effet n'ait suivi la menace.
S'il en est temps encore, épargnez votre race, 1170
Respectez votre sang , j'ose vous en prier.
Sauvez-moi de l'horreur de l'entendre crier ;
Ne me préparez point la douleur éternelle
De l'avoir fait répandre à la main paternelle.
THÉSÉE
Non, Madame, en mon sang ma main n'a point trempé; Mais l'ingrat toutefois ne m'est point échappé. Une immortelle main de sa perte est chargée. Neptune me la doit, et vous serez vengée.
PHÈDRE
Neptune vous la doit! Quoi? vos vœux irrités....
THÉSÉE
Quoi? craignez-vous déjà qu'ils ne soient écoutés? 1 1 80 Joignez-vous bien plutôt à mes vœux légitimes.
1. H y a également dans Y Hippolyte de Gilbert une scène, la seconde de l'acte V, où Phèdre vient demander à Thésée la grâce d'Hippolyte. Plus bas, la scène vi de l'acte IV de Racine peut être comparée aussi à la scène i de l'acte V de Gilbert, où Phèdre adresse de sévères reproches à Achrise. Il est permis de ne pas regarder ces rencontres comme fortuites, surtout lorsqu'on voit Achrise (nous le dirons à la note du vers 1466) se faire justice à elle-même par une mort toute semblable à celle d'OEnone.
2. Ce vers semble une traduction d'un vers d'Euripide; mais le poète grec l'a mis dans la bouche d'Hippolyte :
« J'ai entendu les éclats de votre voix, mon père, et je me hâte de venir. » (Vers 900.)