‹ Œuvres; (volume 2)Chapitre 271 sur 493 · HIPPOLYTE, ARICIE · texte numérisé non relu

HIPPOLYTE, ARICIE

ARICIE

Quoi ? vous pouvez vous taire en ce péril extrême ?

Vous laissez dans l'erreur un père qui vous aime? t 3 3o

Cruel, si de mes pleurs méprisant le pouvoir,

Vous consentez sans peine à ne me plus revoir,

Partez, séparez- vous de la triste Aricie;

Mais du moins en partant assurez votre vie.

Défendez votre honneur d'un reproche honteux, 1 33 5

Et forcez votre père à révoquer ses vœux.

Il en est temps encor. Pourquoi, par quel caprice,

Laissez-vous le champ libre à votre accusatrice ?

Eclaircissez Thésée.

HIPPOLYTE

Hé ! que n'ai-je point dit ?

Ai-je dû mettre au jour l'opprobre de son lit? 1340 Devois-je, en lui faisant un récit trop sincère, D'une indigne rougeur couvrir le front d'un père ? Vous seule avez percé ce mystère odieux. Mon cœur pour s'épancher n'a que vous et les Dieux. Je n'ai pu vous cacher, jugez si je vous aime, 1 345

Tout ce que je voulois me cacher à moi-même.

1. M. Aimé-Martin ajoute le nom cVIsmène à ceux des personnages de cette scène. Il dit que ce nom ne se trouve pas dans la première édition ; il n'est pas davantage dans les suivantes, de 1678 à 1697.

PHÈDRE

Mais songez sous quel sceau je vous l'ai révélé.

Oubliez, s'il se peut, que je vous ai parlé,

Madame ; et que jamais une bouche si pure

Ne s'ouvre pour conter cette horrible aventure. 1 35o

Sur l'équité des Dieux osons nous confier :

Ils ont trop d'intérêt à me justifier;

Et Phèdre, tôt ou tard de son crime punie,

N'en sauroit éviter la juste ignominie.

C'est l'unique respect que j'exige de vous. i 3 5 5

Je permets tout le reste à mon libre courroux.

Sortez de l'esclavage où vous êtes réduite ;

Osez me suivre, osez accompagner ma fuite ;

Arrachez- vous d'un lieu funeste et profané,

Où la vertu respire un air empoisonné ; 1 3 6 o

Profitez, pour cacher votre prompte retraite,

De la confusion que ma disgrâce y jette.

Je vous puis de la fuite assurer les moyens.

Vous n'avez jusqu'ici de gardes que les miens;

De puissants défenseurs prendront notre querelle ; 1 3 6 5

Argos nous tend les bras, et Sparte nous appelle :

A nos amis communs portons nos justes cris ;

Ne souffrons pas que Phèdre, assemblant nos débris,

Du trône paternel nous chasse l'un et l'autre,

Et promette à son fils ma dépouille et la vôtre. 1370

L'occasion est belle, il la faut embrasser.

Quelle peur vous retient ? Vous semblez balancer ?

Votre seul intérêt m'inspire cette audace.

Quand je suis tout de feu, d'où vous vient cette glace ?

Sur les pas d'un banni craignez-vous de marcher ? 1375

ARICIE

Hélas ! qu'un tel exil, Seigneur, me seroit cher ! Dans quels ravissements, à votre sort liée, Du reste des mortels je vivrois oubliée ! Mais n'étant point unis par un lien si doux,

Page 1