HIPPOLYTE, ARICIE
ARICIE
Quoi ? vous pouvez vous taire en ce péril extrême ?
Vous laissez dans l'erreur un père qui vous aime? t 3 3o
Cruel, si de mes pleurs méprisant le pouvoir,
Vous consentez sans peine à ne me plus revoir,
Partez, séparez- vous de la triste Aricie;
Mais du moins en partant assurez votre vie.
Défendez votre honneur d'un reproche honteux, 1 33 5
Et forcez votre père à révoquer ses vœux.
Il en est temps encor. Pourquoi, par quel caprice,
Laissez-vous le champ libre à votre accusatrice ?
Eclaircissez Thésée.
HIPPOLYTE
Hé ! que n'ai-je point dit ?
Ai-je dû mettre au jour l'opprobre de son lit? 1340 Devois-je, en lui faisant un récit trop sincère, D'une indigne rougeur couvrir le front d'un père ? Vous seule avez percé ce mystère odieux. Mon cœur pour s'épancher n'a que vous et les Dieux. Je n'ai pu vous cacher, jugez si je vous aime, 1 345
Tout ce que je voulois me cacher à moi-même.
1. M. Aimé-Martin ajoute le nom cVIsmène à ceux des personnages de cette scène. Il dit que ce nom ne se trouve pas dans la première édition ; il n'est pas davantage dans les suivantes, de 1678 à 1697.
PHÈDRE
Mais songez sous quel sceau je vous l'ai révélé.
Oubliez, s'il se peut, que je vous ai parlé,
Madame ; et que jamais une bouche si pure
Ne s'ouvre pour conter cette horrible aventure. 1 35o
Sur l'équité des Dieux osons nous confier :
Ils ont trop d'intérêt à me justifier;
Et Phèdre, tôt ou tard de son crime punie,
N'en sauroit éviter la juste ignominie.
C'est l'unique respect que j'exige de vous. i 3 5 5
Je permets tout le reste à mon libre courroux.
Sortez de l'esclavage où vous êtes réduite ;
Osez me suivre, osez accompagner ma fuite ;
Arrachez- vous d'un lieu funeste et profané,
Où la vertu respire un air empoisonné ; 1 3 6 o
Profitez, pour cacher votre prompte retraite,
De la confusion que ma disgrâce y jette.
Je vous puis de la fuite assurer les moyens.
Vous n'avez jusqu'ici de gardes que les miens;
De puissants défenseurs prendront notre querelle ; 1 3 6 5
Argos nous tend les bras, et Sparte nous appelle :
A nos amis communs portons nos justes cris ;
Ne souffrons pas que Phèdre, assemblant nos débris,
Du trône paternel nous chasse l'un et l'autre,
Et promette à son fils ma dépouille et la vôtre. 1370
L'occasion est belle, il la faut embrasser.
Quelle peur vous retient ? Vous semblez balancer ?
Votre seul intérêt m'inspire cette audace.
Quand je suis tout de feu, d'où vous vient cette glace ?
Sur les pas d'un banni craignez-vous de marcher ? 1375
ARICIE
Hélas ! qu'un tel exil, Seigneur, me seroit cher ! Dans quels ravissements, à votre sort liée, Du reste des mortels je vivrois oubliée ! Mais n'étant point unis par un lien si doux,