ACTE IV, SCÈNE VI
Au jour que je fuyois c'est toi qui m'as rendue. i 3 1 o
Tes prières m'ont fait oublier mon devoir.
J'évitois Hippolyte, et tu me l'as fait voir.
De quoi te chargeois-tu ? Pourquoi ta bouche impie
A-t-elle, en l'accusant, osé noircir sa vie?
Il en mourra peut-être, et d'un père insensé 1 3 1 5
Le sacrilège vœu peut-être est exaucé.
Je ne t'écoute plus. Va-t'en, monstre exécrable:
Va, laisse-moi le soin de mon sort déplorable.
Puisse le juste ciel dignement te payer !
Et puisse ton supplice à jamais effrayer i3io
Tous ceux qui comme toi, par de lâches adresses,
Des princes malheureux nourrissent les foiblesses,
Les poussent au penchant où leur cœur est enclin,
Et leur osent du crime aplanir le chemin,
Détestables flatteurs, présent le plus funeste i 32 5
Que puisse faire aux rois la colère céleste 1 !
1 . Aux conseils corrupteurs de la Nourrice, Phèdre, dans Euripide, répond :
ToOt' è'<sO\ o Bv/)tûv sù Tro^eis Otxou/Aevocç Ao^cyg t' omàXXvo', oi xodoî Xîolv Xàyoï.
a C'est cela qui ruine les cités florissantes et les familles des mortels, ce sont les discours trop séduisants. » (Vers 487 et 488.)
Mais Racine a surtout imité les reproches que Phèdre, sur le point de se donner la mort, adresse à la Nourrice :
7£l 7rayxooa'crT>7, xoci BoxySopav <pt'Awv, OP elpyckaco fis ! Zsû$ a\ 0 yevv/jTwp èftàç, npâfîpiÇo)) èxTpLfpSLsv, oÙTao-aç Tzupi.... yO).oio xat ou ;^w<7Ttç axovTaç fùovç
Tlpodufj.àç éffTt fXY) xedwç sùepyeTeïv
'AXA' £X7roc?<ùv (xTiû.ds, xat c-auTvjç népt 4>povriÇ' ' èyù yàp rà/Jià 6ria0fxcx.i xa/w;.
« O malheureuse ! fléau de tes amis ! où m'as-tu conduite ? Que Jupiter, auteur de ma race, t'écrase de sa foudre!... Puisses-tu périr et périssent comme toi tous ces amis zélés qui par de honteux conseils veulent vous servir malgré vous.... Va-t'en, et ne songe plus qu'à toi-même: je saurai bien régler ma propre destinée. » (Vers 679-706.)
OENONE, seule.
Ali, Dieux1 ! pour la servir j'ai tout fait, tout quitté; Et j'en reçois ce prix ? Je l'ai bien mérité.
i. Tl y a Dieuy au singulier, dans les éditions de 1687 et de 1697. C'est évidemment une faute d'impression. L'édition de 1702 l'a reproduite.
FIN DU QUATRIÈME ACTE