‹ Œuvres; (volume 2)Chapitre 279 sur 493 · ACTE V, SCÈNE VI · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE VI

Imitoient son silence, autour de lui rangés; i 5oo

Il suivoit tout pensif le chemin de Mycènes ;

Sa main sur ses chevaux laissoit flotter les rênes 1 .

Ses superbes coursiers, qu'on voyoit autrefois

Pleins d'une ardeur si noble obéir à sa voix,

L'œil morne maintenant et la tête baissée, i 5o5

Sembloient se conformer à sa triste pensée.

Un effroyable cri, sorti du fond des flots,

Des airs en ce moment a troublé le repos ;

Et du sein de la terre une voix formidable

Répond en gémissant à ce cri redoutable. t$t a

Jusqu'au fond de nos cœurs notre sang s'est glacé;

Des coursiers attentifs le crin s'est hérissé.

Cependant sur le dos de la plaine liquide

S'élève à gros bouillons une montagne humide ;

L'onde approche, se brise, et vomit à nos yeux, t 5 r 5

Parmi des flots d'écume, un monstre furieux2.

Son front large est armé de cornes menaçantes ;

Tout son corps est couvert d'écaillés jaunissantes ;

Indomptable taureau, dragon impétueux,

Sa croupe se recourbe en replis tortueux . i 5 1 o

Ses longs mugissements font trembler le rivage.

Le ciel avec horreur voit ce monstre sauvage ;

1. Far. Sa main sur les chevaux laissoit flotter les rênes. (1677-87)

— Les, au lieu de ses, est le texte de 1698 (Amsterdam), de 1736 et, en général, des éditions modernes. — La circonstance que ce vers exprime est empruntée à Y Hippoljrte de Sénèque (vers 1006) :

.... Habenis lora permis sis quatit.

2. Quelques vers, dans le récit de l' Hippolyte de Garnier (acte V), rappellent un peu ceux de Racine, au moins pour le mouvement; ceux-ci par exemple :

Elle bout, elle écume, et suit en mugissant Le monstre qui se va sur le bord élançant.

Gilbert a ainsi rendu le même passage :

L'onde s'enfle; on la voit largement écumer.

39o PHÈDRE.

La terre s'en émeut, l'air en est infecté;

Le flot, qui l'apporta, recule épouvanté1.

Tout fuit; et sans s'armer d'un courage inutile, i 5a 5

Dans le temple voisin chacun cherche un asile.

Hippolyte lui seul, digne fils d'un héros,

Arrête ses coursiers, saisit ses javelots,

Pousse au monstre , et d'un dard lancé d'une main sûre ,

Il lui fait dans le flanc une large blessure. i 5 3o

De rage et de douleur le monstre bondissant

Vient aux pieds des chevaux tomber en mugissant,

Se roule, et leur présente une gueule enflammée,

Qui les couvre de feu, de sang et de fumée.

La frayeur les emporte 2; et sourds à cette fois, i 5 3 5

Ils ne connoissent plus ni le frein ni la voix 8 .

En efforts impuissants leur maître se consume;

Ils rougissent le mors d'une sanglante écume.

On dit qu'on a vu même, en ce désordre affreux,

Un Dieu qui d'aiguillons pressoit leur flanc poudreux .

A travers des rochers la peur les précipite 4 ;

L'essieu crie et se rompt. L'intrépide Hippolyte

Voit voler en éclats tout son char fracassé ;

Dans les rênes lui-même il tombe embarrassé6.

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