ACTE V, SCENE VI. 39i
Excusez ma douleur. Cette image cruelle i 545
Sera pour moi de pleurs une source éternelle.
J'ai vu, Seigneur, j'ai vu votre malheureux fils
Traîné par les chevaux que sa main a nourris 1 .
Il veut les rappeler, et sa voix les effraie ;
Ils courent. Tout son corps n'est bientôt qu'une plaie2,
1. Dans Euripide, Hippolyte, apporté mourant sur la scène, s'écrie :
TQ, GTuyvov o^qpJ Ï7t7ZSi0v} èp.rjç B6a/.^p,a. %spo<;,
Ata p.' è'fdsipocç , xarà 3* exTetvaç.
« O funeste attelage, cavales que ma main avait nourries, c'est vous qui m'avez perdu, qui m'avez tué. » (Vers 1 346-1 348.)
2. Voici, dans le récit prolixe et ampoulé de Sénèque, les principaux passages qu'on peut rapprocher de quelques-uns des vers de Racine :
Consurgit ingens pontus in vastuin aggerem,
Tumidumque monstro pela™us in terras mit
Cserulea taurus colla sublimis gerens, Erexit al tant fronte viridanti jubam.
S tant his/'idss aures; cornibus varius color.... Tum pone tergus ultima in monstrum coit Faciès, et ingens bellua immensam trahit
Squamosa partern
Tremuere terrse
Solus immunis meta,
Hippolytus arctis continet frenis equos,
Pavidosque notse vocis hortatu ciet
Inobsequentes protinus frenis equi Rapuere currum ; jamque deerrantes viay Quacumque rabidos pavidus evexit furor, Hac ire pergunt, seque per scopulos agunt.... Prseceps in ora fusus, implicuit cadens Laqueo tenaci corpus ; et quanto magis Pugnat, sequaces hoc magis ncdos ligat.... Late cruentat arva, et illisum caput Scopulis résultat ; aujerunt dumi comas ; Et ora durus pulchra populatur lapis, Peritque multo vulnere infelix décor.
(Vers 1 01 5- 1096.)
Sénèque avait fait des emprunts à Ovide, qui, dans le livre XV de ses Métamorphoses (vers 5o6 et suivants), a mis dans la bouche d'Hippolyte ressuscité un récit dont Racine lui-même s'est parfois inspiré :
Pittheam profit go curru Trœzena peteham; Jamque Corinthiaci carpebam littora ponti, Quum mare surrexit, cumulusque immanis aquarum In montis speciem curvari et crescere visus, Et dare mugitus, summoque cacumine findi. Corniger hinc taurus ruptis expellitur undis
PHÈDRE
De nos cris douloureux la plaine retentit.
Leur fougue impétueuse enfin se ralentit :
Ils s'arrêtent, non loin de ces tombeaux antiques
Où des rois ses aïeux sont les froides reliques.
J'y cours en soupirant, et sa garde me suit. i 5 5 5
De son généreux sang la trace nous conduit :
Les rochers en sont teints ; les ronces dégouttantes
Pectoribusque tenus molles erectus in auras, Naribus et patulo partent maris evomit ore. Corda pavent comitum, mihi mens interrita mansit, Exiliis contenta suis : quum colla féroces Ad fréta convertunt, adrectisque auribus horrent Quadrupèdes ; monstrique metu turbantur, et altis Prœcipitant currus scopulis : ego ducere vana Frena manu, spumis albenlibus oblita , luctor.... Excutior curru, lorisque tenentibus artus, Viscerà viva trahi, nervos in stirpe teneri, Membra rapi partiin} partim reprensa relinqui, Ossa gravent dare Jracta sonum, fessamque videres Exhalari animam, nullasque in corpore partes Noscere quas posses : unumque erat omnia vulnus.
Le récit d'Euripide était le premier qui s'offrait à l'imitation de Racine ; on reconnaît sans peine qu'il y a plus d'une fois puisé directement, mais en le chargeant de plus d'ornements, comme on le lui a reproché. Citons les vers de la tragédie grecque que ceux de notre poète rappellent plus ou moins :
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Ilè'^aç xxltvûv SLTzdfAsadcx. SacnoTri .... .... Ttç ~hx<ù, xdàvioç âç ftpovTY] Atèç, Bapùv fipo/xov /j.sdyixs, ypixrodY) xlôsiv. 'Opdov t?i xpa-r' ec-Tïjaav oùç r' èç oOpocvov "Ircnot' ntx.p' vj/aî'v S' yj-j fôèoç vsavtxcç, Ilotfsv îtot' et'vj pddyyGç. 'Ez, (S" ixlippàdovç 'Axtocç à7ro6^e^avT£5, tspov sïS'oy.ev
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