‹ Œuvres; (volume 2)Chapitre 281 sur 493 · ACTE V, SCÈNE VI · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE VI

Portent de ses cheveux les dépouilles sanglantes.

J'arrive, je l'appelle; et me tendant la main,

11 ouvre un œil mourant, qu'il referme soudain *. i 56o

« Le ciel, dit-il, m'arrache une innocente vie.

Prends soin après ma mort de la triste Aricie.

Cher ami, si mon père un jour désabusé

Plaint le malheur d'un fils faussement accusé,

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« Nous autres serviteurs , nous tenant à côté du char, près des rênes , nous suivions notre maître Un bruit, semblable à un tonnerre souterrain de Jupiter, éclata avec un grand fracas, qu'on ne pouvait entendre sans frissonner. Les cavales levèrent la tête vers le ciel , et dressèrent les oreilles. Ne sachant d'où vient ce bruit, une grande terreur nous saisit. Alors nous jetons les yeux sur les côtes battues par les flots, et nous apercevons une vague immense qui touche la voûte des cieux. Elle s'enfle, vomit bruyamment une abondante écume ; et l'onde bouillonnante s'approche du rivage , à l'endroit où était alors le quadrige. Avec cette vague agitée, ce flot de tempête, la mer rejette un taureau, monstre sauvage, dont les mugissements remplissent toute la côte, qui lui répond avec un écho formidable. Sa vue est si terrible, qu'aucun regard ne peut la soutenir. Aussitôt les cavales sont saisies d'épouvante.... Elles mordent le frein étincelant, et s'emportent, n'obéissant plus ni à la main qui les gouverne, ni aux rênes, ni au char auquel elles sont attelées.... Tout n'est plus que confusion. Les rayons des roues et les chevilles de l'essieu se rompent. Le malheureux lui-même, embarrassé dans les rênes, est traîné dans ces liens inextricables; sa tête se heurte contre les rochers; ses chairs sont en lambeaux; il pousse des cris douloureux Quand il est dégagé des courroies, qui

enfin se brisent , il tombe , je ne sais comment , et n'a plus qu'un souffle de vie. » (Vers ii85-I236.)

i . Dans la scène III de l'acte v de VMppolyte de Bidar, le récit de la mort d'Hippolyte a quelques vers qui ont avec ceux-ci un rapport frappant :

Ce prince avec effort ouvre enfin la paupière, Et tournant dessus moi la mourante lumière Qui reste dans ses yeux

Un peu plus bas les paroles mises dans la bouche du héros expirant se terminent avec une suspension de sens, comme dans Racine :

« L'adorable Cyane — » Un soupir tout de flamme Lui fait à ce beau nom exhaler sa grande âme.

PHÈDRE

Pour apaiser mon sang et mon ombre plaintive, i 56 5 Dis-lui qu'avec douceur il traite sa captive ;

Qu'il lui rende » A ce mot ce héros expiré

N'a laissé dans mes bras qu'un corps défiguré, Triste objet, où des Dieux triomphe la colère, Et que méconnoîtroit l'œil même de son père. 1570

THÉSÉE

O mon fils ! cher espoir que je me suis ravi ! Inexorables Dieux, qui m'avez trop servi1 ! A quels mortels regrets ma vie est réservée !

THÉR AMÈNE.

La timide Aricie est alors arrivée.

Elle venoit, Seigneur, fuyant votre courroux, r 57 5

A la face des Dieux l'accepter pour époux.

Elle approche : elle voit l'herbe rouge et fumante ;

Elle voit (quel objet pour les yeux d'une amante ! )

Hippolyte étendu, sans forme et sans couleur.

Elle veut quelque temps douter de son malheur ; 1 5 8 o

Et ne connoissant plus ce héros qu'elle adore,

Elle voit Hippolyte et le demande encore.

Mais trop sûre à la fin qu'il est devant ses yeux,

Par un triste regard elle accuse les Dieux ;

Et froide, gémissante, et presque inanimée, 1 5 8 5

Aux pieds de son amant elle tombe pâmée.

Ismène est auprès d'elle; Ismène, toute en pleurs,

La rappelle à la vie, ou plutôt aux douleurs.

Et moi, je suis venu, détestant la lumière,

Vous dire d'un héros la volonté dernière, 1590

Et m'acquitter, Seigneur, du malheureux emploi

Dont son cœur expirant s'est reposé sur moi.

Mais j'aperçois venir sa mortelle ennemie.

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