‹ Œuvres; (volume 2)Chapitre 290 sur 493 · Tome VIII, p. 457 et · texte numérisé non relu

Tome VIII, p. 457 et

ESTHER

habits de Saint-Cyr, qui , avec les rubans de chaque couleur qu'elles portent, faisoient une diversité agréable. Pour ce qui est de la place du milieu, on y voyoit les rois et tout ce qu'il y avoit de plus grand à la cour *. » Malgré l'honneur extraordinaire fait en cette circonstance à leur maison, les Dames, qui expriment si bien la supériorité de leurs innocentes actrices sur les musiciennes de profession, n'eurent sans doute pas une satisfaction sans mélange. Le danger de ces fêtes de cour dans un couvent se déclarait. Pour faire honneur à ses royaux invités, le Roi oubliait trop qu'il était imprudent de mêler des chanteuses d'opéra à de jeunes enfants pieusement élevées, que mieux eût valu laisser les chœurs plus faibles, et qu'à ne voir même que l'intérêt de l'art, on risquait, en permettant aux artifices de la coquetterie de s'étaler sur le théâtre de Saint-Cyr, d'altérer la candide simplicité, la grâce naturelle du jeu de ces jeunes filles, qui, avant d'entrer en scène, s'agenouillaient derrière la scène, et, pour soutenir leur courage, récitaient le Veni creator 2. Mme de Sévigné disait, approuvant / un jugement de sa fille : « Il est fort vrai qu'il falloit des 1 personnes innocentes pour chanter les malheurs de Sion ; la îChampmeslé vous auroit fait mal au cœur. C'est cette convenance qui charmoit dans cette pièce3. » On le sentait si bien, malgré quelques moments d'oubli, dont on vient de voir un exemple, que, vers le temps de la quatrième représentation, Mme de Caylus, dont l'abbé de Choisy a dit qu' « elle laiHoit échapper en déclamant des tons ravissants4, » parut devoir être écartée. Mme de Sévigné en donnait la nouvelle à sa fille le 9 février : « On continue à représenter Esther. Mme de Caylus, qui en étoit la Champmeslé, ne joue plus; elle faisoit trop bien, elle étoit trop touchante : on ne veut que la simplicité toute pure de ces petites âmes innocentes 5. »

Jusque-là Mme de Sévigné, qui avait si bien tenu Mme de Grignan au courant des représentations de Saint-Cyr dans ses lettres, n'avait pu en parler que par ouï-dire; mais elle brûlait

i. La Maison de Saint-Cyr, p. 95 et 96. — 2. Ibidem, p. 91.

3. Lettre à Mme de Grignan, 21 mars 1689 (tome VIII, p. 539).

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