Tome VIII, p. 454 et
NOTICE
sagesse. Racine lui parla de M. de Pompone; elle fit un cri, et le Roi aussi, et Sa Majesté lui fit ordonner d'y aller. Il y fut donc hier, cet illustre Pompone; je ne finirai point cette lettre que je ne Taie vu, et que le Chevalier (de Grignan) et son neveu ne soient arrivés. » Et en effet, reprenant sa lettre dans Ja même journée, elle ajoutait : « Voilà le billet que le Chevalier m'écrit, et qui vous fera voir que ces Messieurs ne s'ennuient pas à Versailles, que le Chevalier est ravi et transporté d' Esther. » Trois jours après, le lundi 7 février, elle
mandait à Mme de Grignan : « Je fus chez M. de Pompone :
il revenoit de Saint-Cyr Le Roi lui dit le matin qu'il étoit
fort digne d'en juger, qu'il en seroit assurément content; et en effet il l'est au dernier point. Racine s'est surpassé; il aime Dieu comme il aimoit ses maîtresses; il est pour les choses saintes comme il étoit pour les profanes. La sainte Ecriture est suivie exactement dans cette pièce; tout est beau, tout est grand, tout est traité avec dignité. Vous avez vu ce que Monsieur le Chevalier m'en a écrit; ses louanges et ses larmes sont bonnes. Le roi et la reine d'Angleterre y étoient samedi. Quand elle sera imprimée, je l'enverrai à ma chère fille : plût à Dieu qu'elle la pût voir1! » A la représentation du samedi 5 février, dont Mme de Sévigné parle ici en dernier lieu, et à laquelle la présence de trois tètes couronnées donna tant d'éclat, les Dames de Saint-Cyr rapportent que le Roi « avoit donjié pour ce jour-là quelques-unes de ses musiciennes des plus sages et des plus habiles pour mêler avec les Demoiselles, afin de fortifier le chœur des Israélites. On les habilla comme elles à la persane, ce qui auroit dû les confondre avec les autres; mais ceux qui ne les connoissoient pas pour être de la musique du Roi, les distinguoient fort bien pour n'être pas de nos Demoiselles, en qui on remarquoit une certaine modestie et une noble simplicité, bien plus aimable que les airs affectés que se donnent les filles de cette sorte.... D'un côté on voyoit sur le théâtre de jeunes Demoiselles bien faites, for t jolies, qui représentoient parfaitement bien.... Si l'on tournoit la tête de l'autre côté, on voyoit cette multitude de Demoiselles, rangées pour ainsi dire en pyramide, très-proprement mises dans leurs