‹ Œuvres; (volume 2)Chapitre 292 sur 493 · Ibidem, p · texte numérisé non relu

Ibidem, p

NOTICE

réchale ait renoncé à louer jamais rien , puisqu'elle ne loue pas cette pièce ; » et lui arracha cette plainte, que c'étoit pour lui faire une affaire1. On en était là; l'admiration la plus juste avait fini par avoir quelque chose de suspect, et pouvait passer pour n'être plus qu'un devoir de courtisan. Jamais en effet œuvre de poëte n'avait été aussi goûtée du Roi et de Mme de Maintenon. On a pu voir que Louis XIV ne s'en rassasiait pas. Le bon ordre à maintenir dans des représentations où il amenait successivement toute la cour était devenu une de ses fonctions royales. C'est un fait que les Dames de Saint-Cyr avaient noté. « Mme de Maintenon, disent-elles, faisoit faire une liste de tous ceux qui dévoient entrer, qu'on donnoit à la portière, afin qu'elle n'en laissât pas passer d'autres ; et quand le Roi étoit arrivé, il se mettoit à la porte en dedans ; et tenant sa canne haute pour servir de barrière , il demeuroit ainsi jusqu'à ce que toutes les personnes conviées fussent entrées; alors il faisoit fermer la porte2. » Un tel enchantement, et dont on voyait des marques si extraordinaires, s'expliquait par bien des causes. Non-seulement Louis XIV et Mine de Maintenon étaient très-capables de sentir les beautés du chef-d'œuvre; mais il les flattait dans leur passion pour Saint-Cyr, et aussi dans les sentiments de piété qui leur étaient alors communs à tous deux. Ce n'était même pas tout : Louis XIV, habitué à tant de louanges , n'en avait jamais reçu dans un langage plus éloquent que celui du prologue. Il pouvait, dans le personnage d'Assuérus, contempler la rayonnante image de sa propre majesté. Mais c'était surtout Mme de Maintenon dont la tragédie $ Esther publiait la gloire. Le poëte, sans s'écarter des livres saints, en avait su tirer d'ingénieuses allusions que tout le monde avait saisies. Mme de Caylus dit quelques mots de ces allusions : « La modestie de Mme de Maintenon ne put l'empêcher de trouver dans le caractère d'Esther, et dans quelques circonstances de ce sujet, des choses flatteuses pour elle. La Vaslhi avoit ses applications , Aman avoit de grands traits de ressem-

1. Lettres à Mme de Grlgnan, 16 et 18 février 1689 (tome VIII, p. 473 et 474).

a. La Maison de Saint-Cyr, p. 0,3.

J. Racine, iii 27

ESTHER

blance » Mme de la Fayette, sur un ton épigrammatique , a relevé les mêmes interprétations auxquelles se prêtait la tragédie, et malicieusement expliqué quelques-unes des causes du succès. Citons le passage des Mémoires de la cour de France où elle parle Est her ; nous en retrancherons seulement ce qui serait une répétition inutile de ce que nous avons déjà vu. Ce passage est curieux, parce que, peu favorable à la pièce du poète, la traitant même avec une sorte de dédain, il nous laisse voir, à côté d'une approbation si générale, un petit coin d'op-

\ position frondeuse : « Mme de Maintenon, pour divertir ses petites filles et le Roi, fit faire une comédie par Racine, le

f meilleur poète du temps, que l'on a tiré de sa poésie, où il étoit

\ inimitable, pour en faire, à son malheur et celui de ceux qui ont le goût du théâtre, un historien très-imitable. Elle

% ordonna au poëte de faire une comédie, mais de choisir un sujet pieux; car à l'heure qu'il est, hors de la piété point de salut à la cour, aussi bien que dans l'autre monde. Racine choisit l'histoire d'Esther et d'Assuérus, et lit des paroles pour la musique.... Tout cela composa un petit divertissement fort agréable pour les petites filles de Mme de Maintenon ; mais comme le prix des choses dépend ordinairement des personnes qui les font ou qui les font faire2, la place qu'occupe Mme de Maintenon fit dire à tous les gens qu'elle y mena que jamais il n'y avoit rien eu de plus charmant, que la comédie étoit supérieure à tout ce qui s' étoit jamais fait en ce genre-là-, et que les actrices, même celles qui étoient transformées en acteurs, jetoient de la poudre aux yeux de la Chammelay, de la Raisin, de Raron et des Monfleury. Le moyen de résister à tant de louanges ? Mme de Maintenon étoit flattée de l'inven-

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