‹ Œuvres; (volume 2)Chapitre 297 sur 493 · Lettre du a3 mars 1689 (tome VIII, p. 5Ji et · texte numérisé non relu

Lettre du a3 mars 1689 (tome VIII, p. 5Ji et

ESTHER

Cependant les représentations à'Esther, lorsqu'elles recommencèrent en 1690, étaient depuis longtemps déjà menacées par des murmures plus redoutables que ceux des poètes jaloux, des ennemis littéraires et des libertins, comme on les nommait. C'était la dévotion elle-même, la dévotion austère qui protestait. Nous aurons à parler, dans la Notice tfJthalie, des réclamations dont l'invincible opiniâtreté fit obstacle aux représentations de ce nouveau chef-d'œuvre à Saint-Cyr. Mais, dès le temps d'Estker, Mme de Maintenon dut tenir compte des plaintes qui s'élevaient, et en fut assez touchée pour qu'en 1 690, comme en 1689, on cessât de jouer la pièce plus tôt qu'elle et le Roi ne l'eussent voulu. Hébert, curé de Versailles, dont le zèle était intraitable, avait constamment refusé d'assister à des divertissements qui lui semblaient dangereux; il s'en expliqua avec liberté, et les exemples de Bossuet, de l'abbé Gobelin, de tant d'ecclésiastiques, de religieux et de personnes pieuses, qui lui furent allégués par Mme de Maintenon, ne purent le convaincre. Les raisons qu'il opposait à ces autorités n'étaient pas, il faut l'avouer, toutes sans force. La tragédie de Racine était irréprochable ; mais ce spectacle devenu réellement public, des jeunes filles produites sur un théâtre, exposées, comme des co- : médiennes, aux regards de tous les courtisans, leur orgueil excité par les applaudissements : n'y avait-il là rien à critiquer, rien à S craindre? Le bon ordre et une décence sévère furent, il est vrai, 1 toujours maintenus dans ces spectacles ; rien ne pouvait cepen- | dant empêcher quelques abus de s'y produire. 11 y eut des ] exemples de passions qui y prirent naissance pour des actrices I iïEsther : telle fut celle qu'inspira Mlle de Marsilly au marquis de Villette. Le mariage en fut le dénoûment. Ce qui fut plus grave, une autre de ces jeunes actrices, Mlle de Sainte-Osmane, se laissa entraîner à une légèreté de conduite, qu'elle expia plus tard dans un couvent par une fin de vie très-pénitente et trèssainte. Ajoutons que Mme de Caylus, qui fut d'ailleurs, comme nous l'avons dit, écartée de bonne heure de ces représentations, n'était pas précisément un modèle à proposer aux jeunes filles à qui on la donnait pour compagne. Il ne faut pourtant rien exagérer, ni, ce qui flétrirait le souvenir de ces aimables représentations d'Esther, s'imaginer trop de démentis donnés à la pieuse innocence qui en avait été un des charmes. La plupart de

NOTICE

celles qui y avaient eu des rôles, Mlles de Veilhenne, de Lastic, de la Maisonfort, d'Abancourt et de Mornay restèrent de fidèles filles de Sion ; elles embrassèrent la vie religieuse ; Mlle de Glapion devint supérieure de la maison de Saint-Cyr. Mais il n'en fallut pas moins finir par s'avouer qu'il y avait eu quelque imprudence dans des solennités trop brillantes, où trop de monde était admis. Mme de Maintenon, dans la suite, se plaignit souvent, ses lettres l'attestent, d'une maladie de bel esprit qu'elle avait laissé se répandre à Saint-Cyr, et de l'orgueil qui y avait pénétré à la suite de tant de triomphes enivrants : « Je pourrois, écrivait-elle à l'abbé Gobelin, le 20 février 168g, en dire des particularités qui étonneroient tout l'orgueil renfermé dans Versailles1. » Les Dames de Saint-Cyr avaient bien compris tous ces dangers. Sans un ordre exprès du Roi, elles n'auraient pas, à l'exception de celles qui gardaient les Demoiselles, assisté aux représentations ; et quand on leur fit quitter, pour y venir, les tribunes où elles s'étaient retirées pour prier, elles ne furent présentes au spectacle que les yeux baissés et occupées à dire leur chapelet2. Il y avait donc bien des avertissements pour Mme de Maintenon , sans parler des craintes que plusieurs personnes cherchaient à lui donner sur le jansénisme de Racine; et le jour ne tarda pas où elle se crut obligée de céder aux avis des rigoristes. « Les dernières représentations de l'année 1690, dit M. La vallée3, marquent l'époque où finirent ces amusements trop détournés de leur but. » On joua cependant quelquefois encore à Saint-Cyr, sous le règne de Louis XIV, mais dans la classe bleue, sans appareil, sans autre habit que celui de la maison, et seulement en présence de quelques dames qui y étaient amenées par Mme de Maintenon4. La duchesse de Bourgogne prit part à ces rares et modestes représentations. Elle n'était arrivée en France que depuis deux mois, et pas encore mariée, lorsque le 12 janvier 1697, elle fut conduite par Mme de Maintenon dans la maison de Saint- Louis, où elle fit, dans la tragédie d'Esth-er, le « personnage d'une

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