Ibidem, p. 114 el n
ESTHER
petite Israélite1. » Elle n'avait pas alors douze ans. Plus tard encore, il lui arriva de temps à autre d'emmener chez Mme de Maintenon, à Versailles, quelques-unes des bleues pour jouer la même pièce 2 . Nous voyons dans le Journal de Dangeau que, tout à fait à la fin du règne de Louis XIV, il fut encore question d'un projet de représentation d' Esther, à Saint-Cyr même. Sous la date du 2 juin 1 7 1 5, Dangeau dit : «M. le comte de Lusace (c'était le nom que prenait, en France, le prince électoral de Saxe).... avoit fort souhaité voir Saint-Cyr, et Mme de Maintenon l'y attendoit aujourd'hui, où, après lui avoir montré la maison, elle lui préparoit un divertissement, qui étoit de faire jouer la comédie à' Esther par les Demoiselles de Saint-Cyr ; mais la fièvre prit hier à ce prince. » Le même Journal nous apprend aussi qu'on eut recours, quoique rarement sans doute, à d'autres voix que celles de ces enfants, non pour réciter la pièce entière, mais seulement pour chanter les chœurs. Nous y lisons en effet qu'à Marly, le ier mai 1700, « les musiciens du Roi chantèrent, chez Mme de Maintenon, la musique de la tragédie d' Esther. » Mais on eût cru profaner cette tragédie sainte, faire outrage aux souvenirs de Saint-Cyr et trahir les intentions qu'avait eues le poète, si l'on avait permis au théâtre, où PoJyeucte cependant n'avait pas autrefois paru déplacé, de représenter un ouvrage écrit uniquement dans une pensée d'édification. Du reste, le privilège à' Esther, donné aux Dames de Saint-Louis3, faisait défense expresse aux comédiens déjouer cette tragédie. Cette défense fut maintenue trente-deux ans. Devait-elle l'être toujours? Un tel chef-d'œuvre, sans doute, ne semblait pas devoir rester la propriété exclusive d'une maison d'éducation : la France entière avait sur lui des droits. Disons-le cependant, Esther ne brilla jamais assez sur une plus vaste scène, pour n'y pas paraître comme « une jeune et tendre fleur transplantée sous un ciel étranger, » pour faire oublier que sa première, sa vraie patrie était Saint-Cyr. C'est là seulement qu'aujourd'hui encore notre imagination aime à se la représenter sur un théâtre fait pour elle. La maison de Saint-Louis ne cessa jamais