Dans d'autres exemplaires : « Chez Claude Barbin
ESTHER
Racine, ayant à leur prière, et pour l'édification et instruction des jeunes Demoiselles confiées à leur conduite, composé un Ouvrage de Poésie intitulé, Esther, tiré de PEscriture Sainte, et propre à estre recité, et à estre chanté : Elles ont considéré que cet Ouvrage pourroit aussi servir à l'édification de plusieurs personnes de pieté, et estre principalement utile à plusieurs Communautés et Maisons Religieuses1, où l'on a pareillement soin d'élever la jeunesse et de la former aux bonnes mœurs : c'est pourquoy elles desireroient de le donner au public ; ce que ne pouvant faire sans avoir nos Lettres de permission, elles nous ont tres-humblement fait supplier de les leur vouloir accorder : A ces Causes, sçachant l'utilité que le public en pourra recevoir, et ayant veu nous-mesmes plusieurs représentations dudit Ouvrage , dont Nous avons esté satisfaits , nous avons aux Dames de ladite Communauté de saint Louis permis et accordé, permettons et accordons par ces Présentes, de faire imprimer ledit ouvrage, tant les Paroles que la Musique, par tel Libraire et Imprimeur qu'il leur plaira, en tout ou en partie, en tel volume, marge et caractère, et autant de fois que bon leur semblera, pendant le temps de quinze années consécutives, à commencer du jour qu'il sera achevé d'imprimer ; et de le faire vendre et distribuer par tout nostre Royaume : faisant défenses à tous Libraires, Imprimeurs, et autres d'imprimer, faire imprimer, vendre, et distribuer ledit Ouvrage sous quelque prétexte que ce soit, mesme d'impression estrangere, sans le consentement desdites Dames ou de leurs ayans cause.... Avec pareilles défenses à tous Acteurs, et autres montans sur les Théâtres publics, d'y représenter ny chanter ledit Ouvrage — Donné à Versailles, le 3. jour de Février, l'an de grâce 1689. Et de nostre règne le quarante-sixième. Signé, par le Roy en son conseil : Boucher : et scellé.
« .... Les Dames de la Communauté de S. Louis, ont cédé leur droit de Privilège à Denys Thierry, Imprimeur, Marchand Libraire et Juge Consul de Paris.
<c Ledit Thierry a fait part dudit Privilège à Claude Barbin. »
1. Esther fut jouée sans nul doute dans plusieurs maisons religieuses. Dans le Mercure d'août 1738 (p. 17 18 et suivantes) on lit un prologue ayant pour titre : ce Vers servant de Prologue à la tragédie à'Esther, de M. Racine, représentée dans une communauté. » Ces vers très-faibles sont signés ainsi : Par M. P*** .
NOTICE
Il y a eu une impression à part des Chœurs de la tragédie </'Esther chez Denys Thierry. Nous l'avons trouvée à la Bibliothèque impériale dans le tome II d'un recueil de diverses pièces de théâtre ayant appartenu à Jean Nicolas de Tralage. Le titre manque; mais à la fin de cette impression, de 16 pages in-40, on lit : De l'imprimerie de Denys Thierry. Avec permission de Monsieur le lieutenant général de police. Il n'y a point de date, mais, au-dessous des derniers mots, Tralage (nous croyons bien du moins que la note est de sa main) a écrit : en janvier i689. En comparant le texte de cette impression des Chœurs avec celui des éditions originales de la pièce entière, nous avons remarqué quelques légères différences, qui sont indiquées dans nos notes.
Les éditions de 1702, 1713, 1723 (Cologne), et, à leur exemple, Luneau de Boisjermain (1768), ont divisé Esther en cinq actes. L'édition de 1728 (Paris) l'a partagée en quatre actes, quoique par une erreur d'impression le quatrième acte ait le chiffre V; ces divisions ne sont dans aucune des impressions faites du temps de Racine; la tragédie y est toujours en trois actes.
ESTHER
PRÉFACE
La. célèbre maison de Saint- Gyr ayant été principalement établie pour élever dans la piété un fort grand nombre de jeunes demoiselles rassemblées de tous les endroits du royaume, on n'y a rien oublié de tout ce qui pouvoit contribuer à les rendre capables de servir Dieu dans les différents états où il lui plaira de les appeler. Mais en leur montrant les choses essentielles et nécessaires, on ne néglige pas de leur apprendre celles qui peuvent servir à leur polir l'esprit et à leur former le jugement. On a imaginé pour cela plusieurs moyens, qui sans les détourner de leur travail et de leurs exercices ordinaires, les instruisent en les divertissant. On leur met, pour ainsi dire, à profit leurs heures de récréation. On leur fait faire entre elles, sur leurs principaux devoirs, des conversations ingénieuses, qu'on leur a composées exprès, ou qu'elles-mêmes composent sur-le-champ. On les fait parler sur les histoires qu'on leur a lues, ou sur les importantes vérités qu'on leur a enseignées. On leur fait réciter par cœur et déclamer les plus beaux endroits des meilleurs poëtes. Et cela leur sert surtout à les défaire de quantité de mauvaises prononciations qu'elles pourroient avoir apportées de leurs provinces. On a soin aussi de faire apprendre à chanter à celles qui ont de la voix, et on ne leur laisse pas perdre un talent qui les peut amuser innocemment, et qu'elles peuvent employer un jour à chanter les louanges de Dieu.
Mais la plupart des plus excellents vers de notre langue ayant été composés sur des matières fort profanes, et nos plus beaux airs étant sur des paroles extrêmement molles et
PRÉFACE
efféminées, capables de faire des impressions dangereuses sur de jeunes esprits, les personnes illustres qui ont bien voulu prendre la principale direction de cette maison ont souhaité qu'il y eût quelque ouvrage qui sans avoir tous ces défauts, pût produire une partie de ces bons effets. Elles me firent l'honneur de me communiquer leur dessein, et même de me demander si je ne pourrois pas faire, sur quelque sujet de piété et de morale, une espèce de poëme où le chant fût mêlé avec le récit, le tout lié par une action qui rendît la chose plus vive et moins capable d'ennuyer.
Je leur proposai le sujet d'Esther, qui les frappa d'abord, cette histoire leur paroissant pleine de grandes leçons d'amour de Dieu, et de détachement du monde au milieu du monde même. Et je crus de mon côté que je trouverois assez de facilité à traiter ce sujet; d'autant plus qu'il me sembla que sans altérer aucune des circonstances tant soit peu considérables de l'Ecriture sainte, ce qui seroit, à mon avis, une espèce de sacrilège, je pourrois remplir toute mon action avec les seules scènes que Dieu lui-même, pour ainsi dire, a préparées.
J'entrepris donc la chose, et je m'aperçus qu'en travaillant sur le plan qu'on m'avoit donné, j'exécutois en quelque sorte un dessein qui m'avoit souvent passé dans l'esprit, qui étoit de lier, comme dans les anciennes tragédies grecques, le chœur et le chant avec l'action, et d'employer à chanter les louanges du vrai Dieu cette partie du chœur que les païens employoient à chanter les louanges de leurs fausses divinités.
A dire vrai, je ne pensois guère que la chose dût être aussi publique qu'elle l'a été. Mais les grandes vérités de l'Ecriture, et la manière sublime dont elles y sont énoncées, pour peu qu'on les présente, même imparfaitement, aux yeux des hommes, sont si propres à les frapper ; et
ESTHER
d'ailleurs ces jeunes demoiselles ont déclamé et chanté cet ouvrage avec tant de grâce, tant de modestie et tant de piété, qu'il n'a pas été possible qu'il demeurât renfermé dans le secret de leur maison. De sorte qu'un divertissement d'enfants est devenu le sujet de l'empressement de toute la cour le Roi lui-même, qui en avoit été touché, n'ayant pu refuser à tout ce qu'il y a de plus grands seigneurs de les y mener, et ayant eu la satisfaction de voir, par le plaisir qu'ils y ont pris, qu'on se peut aussi bien divertir aux choses de piété qu'à tous les spectacles profanes.
Au reste, quoique j'aie évité soigneusement de mêler le profane avec le sacré, j'ai cru néanmoins que je pouvois emprunter deux ou trois traits d'Hérodote1, pour mieux peindre Assuérus. Car j'ai suivi le sentiment de plusieurs savants interprètes de l'Ecriture, qui tiennent que ce roi est le même que le fameux Darius, fils d'Hystaspe, dont parle cet historien. En effet, ils en rapportent quantité de preuves, dont quelques-unes me paroissent des démonstrations2. Mais je n'ai pas jugé à propos de croire ce