Voyez ci-après les notes des vers 404 et
2. La version des Septante et Josèphe {Antiquités judaïques , livre XI, chapitre vi) donnent, au lieu du nom à' Assuérus, celui d'Ariaxerxès. Parmi « les savants interprètes de l'Écriture, » qui, suivant Racine, ont pensé qu' Assuérus était Darius , il peut avoir eu particulièrement en vue l'abbé de Saci (Isaac le Maistre). Le tome de la traduction de la Sainte Bible par de Saci qui renferme le Livre d'Esther avait paru en 1688; l'Achevé d'imprimer est du 3i août. Dans l'avertissement qui est en tête du Livre d'Esther, le traducteur cherche à établir qu' Assuérus ne peut être que Darius, fils d'Hystaspe. Les preuves qu'il propose n'ont point paru à tout le monde des démonstrations. Plusieurs savants aujourd'hui sont d'avis que l' Assuérus du Livre d'Esther n'est ni Darius, ni, comme beaucoup de critiques modernes l'avaient pensé , Artaxerxès Longue-Main , mais Xerxès. Voyez à ce sujet le commentaire historique et philologique du Livre d'Esther, d'après la lecture des inscriptions perses, par M. Jules Oppert, p. 7-1 1. L'opinion de M. Oppert est celle aussi
PRÉFACE
même Hérodote sur sa parole, lorsqu'il dit que les Perses n'élevoient ni temples, ni autels, ni statues à leurs dieux 1 , et qu'ils ne se servoient point de libations dans leurs sacrifices. Son témoignage est expressément détruit par l'Ecriture, aussi bien que par Xénopbon, beaucoup mieux instruit que lui des mœurs et des affaires de la Perse, et enfin par Quinte-Curse 2 .
On peut dire que l'unité de lieu est observée dans cette pièce, en ce que toute l'action se passe dans le palais dAssuérus. Cependant, comme on vouloit rendre ce divertissement plus agréable à des enfants, en jetant quelque variété dans les décorations, cela a été cause que je n'ai pas gardé cette unité avec la même rigueur que j'ai fait autrefois dans mes tragédies.
Je crois qu'il est bon d'avertir ici que bien qu'il y ait dans Esther des personnages d'hommes, ces personnages n'ont pas laissé d'être représentés par des filles avec toute la bienséance de leur sexe. La chose leur a été
qu'admet M. A. Coquerel, dans son Commentaire biblique sur Esther et Athalie (p. 225-289), et suivant lui, n'est plus aujourd'hui révoquée en doute.
1. Hérodote dit en effet (livre I, chapitre cxxxi) : Ils'paaç 61 otôa v6fxoiai ToîaBe ^psoofjivouç ■ àyaXprca uiv xai V7jouç xoù (3(o[jlouç o&x iv v6|xw Tcoieufjivouç IBpueaôar àXka xai xoîai toisucji [LOipirp £7ucpépouai.
2, Xénophon dans la Cjropédie f livre VIII, chapitre ni, parle des temples, ou du moins des enceintes réservées aux Dieux chez les Perses, xà tejasvt) toÎç Geoîç e£r]p7)[jiva. Quinte-Curce, livre III, chapitre ni, fait mention de simulacres d'or et d'argent des dieux de la Perse « deorum simulacra ex auro argentoque expressa, » et d'awtels d'argent sur lesquels brûlait le feu sacré. Quant aux libations pratiquées par les Perses, on peut voir aussi la Cjropédie, livre VII, chapitre i, et Quinte-Curce, livre V, chapitre n. Mais l'autorité de la Cjropédie et celle de Quinte-Curce, en ce qui concerne la religion des anciens Perses, ont peu de poids. Racine aurait pu se contenter de celle de l'Ecriture. — Nous avons conservé ici, comme au tome I, p. 5i6 et 52i, l'orthographe Quinte-Curse, qui est celle des anciennes éditions de Racine.
ESTHER
d'autant plus aisée, qu'anciennement les habits des Persans et des Juifs étoient de longues robes qui tomboient jusqu'à terre.
Je ne puis me résoudre à finir cette préface sans rendre à celui qui a fait la musique la justice qui lui est due, et sans confesser franchement que ses chants ont fait un des plus grands agréments de la pièce1. Tous les connoisseurs demeurent d'accord que depuis longtemps on n'a point entendu d'airs plus touchants ni plus convenables aux paroles. Quelques personnes ont trouvé la musique du dernier chœur un peu longue, quoique très-belle. Mais qu'auroit-on dit de ces jeunes Israélites qui avoient tant fait de vœux à Dieu pour être délivrées de l'horrible péril où elles étoient, si ce péril étant passé, elles lui en avoient rendu de médiocres actions de grâces ? Elles auroient directement péché contre la louable coutume de leur nation, où l'on ne recevoit de Dieu aucun bienfait signalé, qu'on ne l'en remerciât sur-le-champ par de fort longs cantiques : témoin ceux de Marie sœur de Moyse 2 , de Débora 8 et de Judith 4, et tant d'autres dont l'Ecriture est pleine. On dit même que les Juifs, encore aujourd'hui, célèbrent par de grandes actions de grâces le
1. Il a déjà été dit à la page 4o6, et à la note 2 de cette même page, que la musique ftEsther avait été composée par Jean-Baptiste Moreau, maître de musique de la chambre du Roi, et musicien de la maison de Saint-Louis , et que ce fut lui aussi qui composa celle des chœurs à! AthaVie et des Cantiques spirituels. D'Olivet, dans ses Remarques de grammaire, p. 112, dit : « Des connoisseurs m'ont assuré que la musique des chœurs d' Esther et à? Athalie est parfaitement belle. » Elle ne passe pas aujourd'hui pour avoir autant de mérite que lui en attribuent Racine et d'Olivet. Comme nous la publierons dans cette édition , ainsi que nous l'avons annoncé dans la note précitée , on pourra la juger.