‹ Œuvres; (volume 2)Chapitre 321 sur 493 · TOUTES DEUX · texte numérisé non relu

TOUTES DEUX

Courons, mes sœurs, obéissons.

La Reine nous appelle :

Allons, rangeons-nous auprès d'elle.

TOUT LE CHOEUR, entrant sur la scène par plusieurs endroits différents.

La Reine nous appelle : 120 Allons, rangeons-nous auprès cVelle.

ÉLISE

Ciel ! quel nombreux essaim d'innocentes beautés S'offre à mes yeux en foule et sort de tous côtés ! Quelle aimable pudeur sur leur visage est peinte ! Prospérez, cher espoir d'une nation sainte. 12 5

Puissent jusques au ciel vos soupirs innocents Monter comme l'odeur d'un agréable encens2 ! Que Dieu jette sur vous des regards pacifiques.

ESTHER

Mes filles, cbantez-nous quelqu'un de ces cantiques

Où vos voix si souvent se mêlant à mes pleurs 1 3 o

1. Far. (édit. de 1689, in-4° et in-8°) : «une des Israélites, chantant derrière le théâtre. »

2. Racine a pris cette comparaison dans la Bible. On lit dans le Psaume cxi,, verset 2 : « Dirigatur oratio mea sicut intensum in conspectu tuo, » verset que L. Racine a signalé ; et dans Y Apocalypse, vin , 4 : « Et ascendit fumus in- « censorum de orationîbus sanctorum , de manu angeli, coram Deo. »

ESTHER

De la triste Sion célèbrent les malheurs.

UNE ISRAÉLITE seule chante.

Déplorable Sion, qu'as-tu fait de ta gloire ?

Tout l'univers admiroit ta splendeur :

Tu n'es plus que poussière ; et de cette grandeur Il ne nous reste plus que la triste mémoire. i 3 5

Sion, jusques au ciel élevée autrefois,

Jusqu'aux enfers maintenant abaissée , Puissé-je demeurer sans voix,

Si dans mes chants ta douleur retracée Jusqu'au dernier soupir n'occupe ma pensée 1 î 140

TOUT LE CHOEUR

O rives du Jourdain ! ô champs aimés des cieux 2 ! Sacrés monts, fertiles vallées, Par cent miracles signalées !

Du doux pays 3 de nos aïeux

1 . Racine imite ici un passage du Psaume cxxxvi, Super Jlumina Babylonis (verset 6) : a Adliaereat lingua mea faucibus meis, si non meminero tui , « si non proposuero Jérusalem in principio laetitiae me*. »

2. M. A. Coquerel dans son Commentaire biblique sur Esther blâme ô champs aimés des cieux! Il voit dans cette phrase « une association d'idées contraire à tout l'ensemble des principes de la foi juive, et dont la Bible n'offre pas un exemple. » Il est très-possible que les divers passages des deux tragédies saintes dans lesquels le même commentateur a critiqué les actions de grâce rendues au ciel, ou les invocations qui lui sont adressées comme à Dieu même (voyez Athalie, vers 69, et Esther, vers 1194), s'éloignent des habitudes du langage de l'Ancien Testament. Toutefois Racine qui lisait dans la prière enseignée par le Christ lui-même : « Notre Père, qui êtes aux cieux, » et qui ne pouvait admettre entre les deux Testaments une différence essentielle de principes de foi, ne devait- il pas regarder le ciel comme le séjour de Dieu , et penser qu'un poète avait bien le droit de nommer ce royaume du ciel pour le maître qui l'habite, sans encourir pour cela le reproche d'avoir oublié que « les Juifs évitaient soigneusement de matérialiser l'idée de Dieu? » Mais quaud même l'observation très-rigoureuse de M. Coquerel devrait être acceptée dans un certain nombre de passages d'Esther et à! Athalie, nous comprenons peu qu'elle lui ait paru surtout applicable au vers qui fait l'objet de cette note. Des champs aimés des cieux peut signifier simplement « des champs qu'un heureux clim;it rend fertiles. » Dans cette expression poétique ainsi comprise, le ciel serait à peine personnifié, et ne représenterait pas Dieu lui-même.

3. Dans l'impression à part des Chœurs a" Esther , il y a séjour, au lieu de pays.

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