ACTE II, SCÈNE III
ASSUÉRUS
O d'un si grand service oubli trop condamnable 1 î
Des embarras du trône effet inévitable !
De soins tumultueux un prince environné
Vers de nouveaux objets est sans cesse entraîné;
L'avenir l'inquiète, et le présent le frappe ; 545
Mais plus prompt que l'éclair, le passé nous échappe;
Et de tant de mortels, à toute heure empressés
A nous faire valoir leurs soins intéressés,
Il ne s'en trouve point qui, touchés d'un vrai zèle,
Prennent à notre gloire un intérêt fidèle, 5 5o
Du mérite oublié nous fassent souvenir,
Trop prompts à nous parler de ce qu'il faut punir !
Ah! que plutôt l'injure échappe à ma vengeance,
Qu'un si rare bienfait à ma reconnoissance.
Et qui voudroit jamais s'exposer pour son roi 2 ? 5 5 5
Ce mortel qui montra tant de zèle pour moi
Vit-il encore ?
1 . Le Roi dans YEsther de du Ryer (acte V, scène i) se reproche aussi un trop long oubli du service de Mardocbée :
Certes, quand mon esprit revoit cet attentat,
Qui menaçoit mes jours, ma gloire et mon État,
Et que je songe enfin que le rare service
Qui me fit triompher dessus mon précipice,
Demeure enseveli comme dans le mépris,
Sans qu'une récompense en témoigne le prix,
Je crois contribuer à ces sourdes pratiques
D'où naissent tous les jours tant d'accidents tragiques,
Ayant toujours jugé que les princes ingrats
Sont complices contre eux des plus noirs attentats....
Non, non, ayant dessein d'apprendre à m'obéir,
Ne pas récompenser, c'est apprendre à trahir.
Je veux que Mardocbée ait une récompense
Qui montre en même temps sa gloire et ma puissance ;
Je veux que Mardocbée ait un prix de sa foi
Digne d'un bon sujet et digne d'un grand roi.