ACTE II, SCÈNE VII
A leur pompeux éclat mêlent peu de douceur,
Et fatiguent souvent leur triste possesseur.
Je ne trouve qu'en vous je ne sais quelle grâce
Qui me charme toujours et jamais ne me lasse. 670
De l'aimable vertu doux et puissants attraits !
Tout respire en Esther l'innocence et la paix.
Du chagrin le plus noir elle écarte les ombres,
Et fait des jours sereins de mes jours les plus sombres.
Que dis-je ? sur ce trône assis auprès de vous, 675
Des astres ennemis j'en crains moins le courroux,
Et crois que votre front prête à mon diadème
Un éclat qui le rend respectable aux Dieux même 1 .
Osez donc me répondre, et ne me cachez pas
Quel sujet important conduit ici vos pas. 680
Quel intérêt, quels soins vous agitent, vous pressent ?
Je vois qu'en m'écoutant vos yeux au ciel s'adressent.
Parlez : de vos désirs le succès est certain,
Si ce succès dépend d'une mortelle main.
ESTHER
O bonté qui m'assure autant qu'elle m'honore ! 6 8 5
Un intérêt pressant veut que je vous implore.
J'attends ou mon malheur ou ma félicité ;
Et tout dépend, Seigneur, de votre volonté.
Un mot de votre bouche, en terminant mes peines,
Peut rendre Esther heureuse entre toutes les reines. 690
ASSUÉRUS
AJi ! que vous enflammez mon désir curieux !
ESTHER
Seigneur, si j'ai trouvé grâce devant vos yeux2.
1. Bouhours, dans la Suite des nouvelles remarques sur la langue Jrancoise, imprimée en 1692, cite ce vers comme digne de remarque, à cause de l'emploi
du mot respectable. « Ce mot, dit-il (p. 175-177), est nouveau Il est né
à la cour — Nous le voyons aujourd'hui dans les livres. »
2. Cette expression traduite du verset que nous allons citer dans la note
ESTHER
Si jamais à mes vœux vous fûtes favorable, Permettez, avant tout, qu'Esther puisse à sa table Recevoir aujourd'hui son souverain seigneur, 695 Et qu'Aman soit admis à cet excès d'honneur. J'oserai devant lui rompre ce grand silence, Et j'ai, pour m'expliquer, besoin de sa présence1.
ASSUÉRUS
Dans quelle inquiétude, Esther, vous me jetez! Toutefois qu'il soit fait comme vous souhaitez. 7oo
(A ceux de sa suite.)
Vous, que l'on cherche Aman; et qu'on lui fasse entendre Qu'invité chez la Reine, il ait soin de s'y rendre2.
suivante, est fréquente dans l'Écriture. On la trouve au même Livre cPEsther, ir, 9, et aussi dans V Exode, xxx.m, i3 et 17, et dans le livre I des Rois, 1, 18. Elle a été employée par l'auteur de la Tragédie nouvelle de la Perfidie d'Aman (acte III, scène 11) :
Sire, celui lequel a trouvé quelque grâce Devant le doux aspect de votre auguste face.
1. a Si inveni in conspectu Régis gratiam, et si Régi placet ut det mihi « quod postulo, et meam impleat petitionem, veniat Rex et Aman ad convia vium quod paravi eis, et cras aperiam Régi voluntatem meam. » (Esther, v, 8.)
1. « Statimque Rex : Vocate, inquit, cito Aman, ut Esther obediat volun- « tati. » (Esther, v, 5.) — Montchrestien (Aman, acte IV) a traduit à sa manière cette scène du Livre d1 Esther:
esth. Ha, Rachel, soutiens-moi! soutiens-moi ! Je me pâme.
ass. Ha, ma fille, qu'as-tu? qu'as-tu, ma petite âme?
Je suis ton cher époux ; ma belle, ne crains pas ;
Tu ne dois pour ta faute encourir le trépas.
Pour le commun sans plus est faite l'ordonnance.
Esther, approche donc, change de contenance.
J'étends sur toi mon sceptre : apaise , apaise-toi,
Reine de mes désirs, baise un petit ton roi.
esth. Ta majesté sévère a tant donné de crainte
A mon âme, de honte et de respect atteinte,
Que j'ai senti ma force écouler peu à peu
Au regard de tes yeux, comme la cire au feu.
Je te pensois un ange environné de gloire;
La clarté de ton front m'incitoit à le croire ,
Et puis ce feu sortant du sommet de ton chef.
Mais soutiens-moi, Rachel, je tombe derechef....
ass. Esther, parle sans peur, Assuère s'apprête,
Quoi qu'il puisse arriver, d'accorder ta requête.
fsth. Je requiers seulement, puisqu'il te plaît, grand Roi,