ACTE III, SCÈNE I
Les abîmes profonds qui s'offrent devant moi :
La chute désormais ne peut être qu'horrible.
Osez chercher ailleurs un destin plus paisible.
Regagnez FHellespont , et ces bords écartés
Où vos aïeux errants jadis furent jetés 1 , 895
Lorsque des Juifs contre eux la vengeance allumée
Chassa tout Amalec 2 de la triste Idumée 3 .
Aux malices du sort enfin dérobez-vous.
Nos plus riches trésors marcheront devant nous.
Vous pouvez du départ me laisser la conduite ; 900
Surtout de vos enfants j'assurerai la fuite.
N'ayez soin cependant que de dissimuler.
Contente , sur vos pas vous me verrez voler :
La mer la plus terrible et la plus orageuse
Est plus sûre pour nous que cette cour trompeuse. 905
Mais à grands pas vers vous je vois quelqu'un marcher.
C'est Hydaspe.
1. Dans son explication du chapitre m (verset i) du Livre aVEsther, Saci dit « qu'il peut être arrivé fort aisément que les restes des Amalécites , après cette défaite générale et ce grand carnage qui en fut fait sous le règne de Saùl, s' étant enfuis et dispersés de toutes parts dans les provinces, ceux qui étaient les ancêtres d'Aman soient venus s'établir dans la Macédoine. » Racine admettait sans doute cette conjecture qu'avaient suggérée à Saci les versets 10 et 14 du chaj)itre xvi du Livre cVEsther. Si l'on écartait cette interprétation des deux versets, regardée par plusieurs comme douteuse, on ne verrait pas sur quelle autorité historique se serait appuyé notre poète, lorsqu'il a voulu que les aïeux d'Aman aient été jetés sur ces bords voisins de l'Hellespont.
2. Louis Racine dit dans ses Notes sur la Lingue d'Esther : a On ne diroit point tout Hercule pour les Héraclides, tout Pallante pour les Pallantides; mais comme dans le style de l'Écriture sainte on dit tout Israël pour le peuple sorti d'Israël, on peut dire tout Amalec pour les Amalécites, dont il fut le père. » Louis Racine paraît avoir oublié que le peuple des Amalécites est constamment appelé Amalec dans l'Écriture.
3. L'Idumée était située entre la Judée et l'Arabie. Les Amalécites étaient considérés comme habitant cette contrée, dont ils étaient au moins voisins.