‹ Œuvres; (volume 2)Chapitre 366 sur 493 · SCÈNE? IV · texte numérisé non relu

SCÈNE? IV

ASSUÉRUS, ESTHER, AMAN, ÉLISE, le Choeur.

ASSUÉRUS, à Esther.

Oui, vos moindres discours ont des grâces secrètes :

Une noble pudeur à tout ce que vous faites

Donne un prix que n'ont point ni la pourpre ni l'or.

Quel climat renfermoit un si rare trésor ?

Dans quel sein vertueux avez-vous pris naissance? 1020

Et quelle main si sage éleva votre enfance ?

I. Dans les éditions de 1702, 1 7 1 3, 1722, 1728, 1768 : « Acte V. Scène i. t> Dans la dernière, on lit en outre cette indication du lieu de la scène : a Le théâtre reptésente le salon du festin. » — L'édition de 1728, quia suivi jusque-là l'ancienne division des actes d'Est lier, finit l'acte III après la scène m, en indiquant cette fin par ces mots : Fin du quatrième acte ; et commence ici un acte V.

ESTHER

Mais dites promptement ce que vous demandez : Tous vos désirs, Esther, vous seront accordés, Dussiez-vous , je l'ai dit , et veux bien le redire, Demander la moitié de ce puissant empire 1 . i o 2 5

ESTHER

Je ne m'égare point dans ces vastes désirs. Mais puisqu'il faut enfin expliquer mes soupirs , Puisque mon roi lui-même à parler me convie ,

(Elle se jette aux pieds du Roi.)

J'ose vous implorer, et pour ma propre vie,

Et pour les tristes jours d'un peuple infortuné , 1 o 3 o

Qu'à périr avec moi vous avez condamné 2.

ASSUÉRUS , la relevant.

A périr? Vous? Quel peuple ? Et quel est ce mystère 3 ?

1. Voyez ci-dessus, p. 5o6 , la note du vers 660. Assuérus, dans le Livre cP Esther , répète trois fois cette promesse (v, 3 et 6; vu, 2).

2. « Sitibi placet, dona mihi animam, pro qua rogo, etpopulum meura,

« pro quo obsecro. Traditi enim sumus ego et populus meus, ut conteramur, a jugulemur et pereamus. » [Esther, vu, 3 et 4.)

3. Assuérus, dans le Livre d'Esther (vil, 5), marque le même étonnement, mais par des questions différentes. Tl demande quel est cet ennemi dont a parlé la Reine : « Quis est iste, et cujus potentise , ut hœc audeat facere? » S'il fut surpris d'apprendre qu'Esther était Juive, il n'en est rien dit dans ce chapitre. Tout le développement qui suit dans la scène de Racine appartient donc au poète. Mais a-t-on eu raison de lui reprocher une invraisemblance , par la raison que le Roi n'aurait pu tarder si longtemps à s'éclaircir sur l'origine d'Esther? On se souvient qu'au chapitre n, 20 il a été dit qu'Esther, d'après le conseil de Mardochée, n'avait pas encore fait connaître sa patrie et son peuple; c'était au temps où le Roi avait commandé un festin pour ses noces. Assuérus put sans doute plus tard apprendre ce qu'on lui avait caché. Cependant, lorsque le verset 1 du chapitre vin d'Esther nous fait connaître que la Reine avait avoué être la nièce de Mardochée, Assuérus avait déjà ordonné le supplice d'Aman. Cela donne à penser qu'Assuérus ne savait rien jusque-là du secret d'Esther, et que Racine a sans doute bien interprété» l'Ecriture en supposant ce qui n'y est pas dit explicitement. Montchresticn et du Ryer, dans une scène qui correspond à celle de Racine, ont placé au même moment l'aveu que fait Esther de son origine. La Reine parle ainsi dans V Aman de Montchrestien (acte V) :

Mais voici cet Aman, ce tyran sanguinaire, Qui voulant démentir ta douceur ordinaire.... A contre tous les Juifs allumé sa colère,

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