‹ Œuvres; (volume 2)Chapitre 369 sur 493 · ACTE III, SCENE IV. 5ii · texte numérisé non relu

ACTE III, SCENE IV. 5ii

De mettre votre trône à F ombre de ses ailes1.

N'en doutez point, Seigneur, il fut votre soutien.

Lui seul mit à vos pieds le Partlie et l'Indien , m5

Dissipa devant vous les innombrables Scythes2,

Et renferma les mers dans vos vastes limites.

Lui seul aux yeux d'un Juif découvrit le dessein

De deux traîtres tout prêts à vous percer le sein.

Hélas ! ce Juif jadis m'adopta pour sa fille. 1120

ASSUÉRUS

Mardochée ?

ESTHER

Il restoit seul de notre famille.

Mon père étoit son frère. Il descend comme moi Du sang infortuné de notre premier roi 3 . Plein d'une juste horreur pour un Amalécite , Race que notre Dieu de sa bouche a maudite , 1 1 2 5 Il n'a devant Aman pu fléchir les genoux , Ni lui rendre un honneur qu'il ne croit dû qu'à vous4.

1 . Image quî se trouve souvent dans les livres saints : « Sub umbra alarum tuaa rum protège me. » [Psaume xvi, 8.) a In tegmine alarum tuarum sperabunt. » {Psaume xxxv, 8.) a In umbra alarum tuarum sperabo. » [Psaume lvi, 2.) a In velamento alarum tuarum exultabo. » [Psaume lxii, 8.)

a. Pour les Indiens, voyez Hérodote, livre IV, cbapitre xliv; et pour l'expédition contre les Scythes, même livre, chapitres lxxxiii et suivants. Pour les Parthes, voyez ci-dessus, p. 468, note 1.

3. Saùl, de la tribu de Benjamin, était fils de Cis [livre I des Rois, ix, 1 et 2). Parmi les aïeux de Mardochée il y en avait un du nom de Cis [Esther, n, 5). De là cette conjecture, très-hasardée, de quelques interprètes du Livre a" Esther, que Mardochée et Esther descendaient de Saùl. Saci, dont Racine devait avoir la Bible sous les yeux, dit dans son explication du chapitre 11 : « Il se peut bien faire que Mardochée fût descendu de la race de Saùl, dont le père se nommoit Cis, et qu'il en fût descendu par Jonathas et Miphiboset. » Du Ryer [Esther, acte V, scène v) fait dire à Esther :

.... Sans nos longues misères

Je régnerois au trône où régnoient mes aïeux.

4. Mardochée dit lui-même dans sa prière : « Cuncta nosti, et scis quia non «« pro superbia et contumelia et aliqua gloriœ cupiditate fecerim hoc, ut non « adorarem Aman superbissimum.... Sed timui ne honorem Dei mei trans- « ferrem ad hominem, et ne quemquam adorarem, excepto Deo meo. » [Es-

LSTHER.

De là contre les Juifs et contre Mardochée

Cette haine , Seigneur , sous d'autres noms cachée .

En vain de vos bienfaits Mardochée est paré. n3o

A la porte d'Aman est déjà préparé

D'un infâme trépas l'instrument exécrable.

Dans une heure au plus tard ce vieillard vénérable ,

Des portes du palais par son ordre arraché ,

Couvert de votre pourpre , y doit être attaché. 1 1 3 5

ASSUÉRUS

Quel jour mêlé d'horreur vient effrayer mon àme? Tout mon sang de colère et de honte s'enflamme. J'étois donc le jouet.... Ciel, daigne m'éclairer. Un moment sans témoins cherchons à respirer *. Appelez Mardochée : il faut aussi l'entendre. 1 1 40

(Le Roi s'éloigne.)

ther, xiii, 12 et 14.) Ce passage a été ainsi rendu dans V Aman de Montchrestien (acte III) :

.... Si je n'ai point adoré ce superbe, Qui nous foule à ses pieds comme une puante herbe, Et si pour éviter son dépiteux courroux Je n'ai vou!u fléchir devant lui mes genoux, Tu sais que ce n'est pas par mon outrecuidance :

Tu veux qu'aux magistrats on porte révérence

Mais, ô luisant soleil, plus à mes yeux n'éclaire, Quand pour plaire aux humains on me verra déplaire A cil qui des humains est le père et l'auteur, Mettant la créature au lieu du Créateur.

r . Racine d'ordinaire amène avec un art plus habile la sortie de ses personnages, qui ne s'éloignent pas pour « respirer un moment. » On s'est demandé s'il est vraisemblable, non-seulement qu'Assuérus se retire sous un tel prétexte, mais aussi qu'Aman soit laissé par lui en présence d'Esther. La réponse à ces critiques n'est point du tout celle qu'on a faite, qu'une tragédie, composée pour Saint-Cyr, n'était pas rigoureusement assujettie aux règles du théâtre : elle est dans la citation suivante du Livre d'Esther, auquel Racine s'est conformé : « Rex autem iratus surrexit, et de loco convivii intravit in hortum <( arboribus consitum. Aman quoque surrexit, ut rogaret Esther reginam pro « anima sua — Qui cum reversus esset de horto nemoribus consito, et intras- « set convivii locum, reperit Aman super lectulum corruisse in quo jacebat « Esther. » {Esther, vu, 7 et 8.) — « On a présenté, dit M. Coquerel [Introduction au Commentaire sur Esther, § 3, p. 283), cette disparition du

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