‹ Œuvres; (volume 2)Chapitre 368 sur 493 · ACTE III, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE IV

Mit des superbes rois la dépouille en sa main1 , De son temple détruit vengea sur eux l'injure. Babylone paya nos pleurs avec usure.

Cyrus , par lui vainqueur , publia ses bienfaits , Regarda notre peuple avec des yeux de paix , Nous rendit et nos lois et nos fêtes divines ; Et le temple déjà sortoit de ses ruines. Mais de ce roi si sage héritier insensé , Son fils interrompit l'ouvrage commencé 2 , Fut sourd à nos douleurs. Dieu rejeta sa race , Le retrancha lui-même, et vous mit en sa place.

Que n'espérions-nous point d'un roi si généreux? « Dieu regarde en pitié son peuple malheureux , Disions-nous : un roi règne, ami de l'innocence. » 1080 Partout du nouveau prince on vantoit la clémence : Les Juifs partout de joie en poussèrent des cris. Ciel ! verra-t-on toujours par de cruels esprits Des princes les plus doux l'oreille environnée , Et du bonheur public la source empoisonnée ? 1 o 8 5 Dans le fond de la Thrace un barbare enfanté Est venu dans ces lieux souffler la cruauté. Un ministre ennemi de votre propre gloire 3 . . . .

1. « Hœc dicit Dominus chi'isto meo Cyro, cujiis apprehendî dexteram, ut

a subjiciam ante faciem ejus gentes Ego ante te ibo ; et gloriosos terra;

« humiliabo ; portas aereas conteram, et vectes ferreos confringam — Et vocavi a te nomine tuo — » (Isaïe, xlv, 1-4.) — Bossuet, dans V Oraison funèbre du prince de Condé, a ainsi imité ce passage d'Isaïe : <x Tu n'es pas encore..., mais je te vois, et je t'ai nommé par ton nom; tu t'appelleras Cyrus. Je marcherai devant toi dans les combats; à ton approche, je mettrai les rois en fuite; je briserai les portes d'airain. »

2. Ce fils de Cyrus est Cambyse. Esdras, qui lui donne le nom d'Assuérus (livre I, chapitre iv, 6), dit qu'au commencement de son règne les ennemis des Juifs lui remirent une accusation écrite contre les habitants de Juda et de Jérusalem.

3. .... Le coupable auteur d'un si sanglant orage Sur un peuple innocent veut étendre sa rage : Il veut de votre État faire un funeste étang Qui ne soit composé que de pleurs et de sang ;

J. Racine, ni 34

IOTO

ESTHER

AMAN

De votre gloire ? Moi ? Ciel ! Le pourriez-vous croire ? Moi, qui n'ai d'autre objet ni d'autre Dieu

A5SUERUS.

Tais-toi.

Oses-tu donc parler sans l'ordre de ton roi ?

ESTHER

Notre ennemi cruel devant vous se déclare :

C'est lui1. C'est ce ministre infidèle et barbare ,

Qui d'un zèle trompeur à vos yeux revêtu ,

Contre notre innocence arma votre vertu. 1095

Et quel autre , grand Dieu ! qu'un Scythe impitoyable

Auroit de tant d'horreurs dicté l'ordre effroyable ?

Partout T affreux signal en même temps donné

De meurtres remplira l'univers étonné.

On verra , sous le nom du plus juste des princes , noo

Un perfide étranger désoler vos provinces ,

Et dans ce palais même , en proie à son courroux ,

Le sang de vos sujets regorger jusqu'à vous.

Et que reproche aux Juifs sa haine envenimée ? Quelle guerre intestine avons-nous allumée ? uo5 Les a-t-on vus 2 marcher parmi vos ennemis ? Fut-il jamais au joug esclaves plus soumis ? Adorant dans leurs fers le Dieu qui les châtie , Pendant que votre main sur eux appesantie A leurs persécuteurs les livroit sans secours , nio Ils conjuroient ce Dieu de veiller sur vos jours, De rompre des méchants les trames criminelles ,

Et pour combler l'horreur d'une trame si noire, Il va jusques à vous attaquer votre gloire !

(Du Ryer, Esther, acte V, scène v.)

1 . « Dixitque Esther : Hostis et inimicus noster pessimus iste est Aman. » [Esther, vu, 6.)

2. Il y a vu, sans accord , dans les deux impressions de 1689 et dans celle de 1697. Voyez ci-dessus, p. 375, note 1.

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