SCÈNE IX
LE CHOEUR
TOUT LE CHOEUR
Dieu fait triompher l'innocence : 1200 Chantons, célébrons sa puissance.
UNE ISRAÉLITE
Il a vu contre nous les méchants s'assembler ,
Et notre sang prêt à couler.
Comme l'eau sur la terre ils alloient le répandre 1 :
Du haut du ciel sa voix s'est fait entendre ; 1 2 o 5
L'homme superbe est renversé.
Ses propres flèches l'ont percé2.
UNE AUTRE
J'ai vu l'impie adoré sur la terre.
Pareil au cèdre , il cachoit dans les cieux
Son front audacieux. 1 2 1 o
Il sembloit à son gré gouverner le tonnerre ,
Fouloit aux pieds ses ennemis vaincus.
Je n'ai fait que passer, il n'étoit déjà plus8.
1. a Effnderunt sanguinem eorum tanquam aquam in circnitu Jérusalem. t> (Psnurne lxxviii, 3.) — Montchrestien a aussi imité ce passage dans des vers lyriques qu'il a mis dans la bouche de Mardochée :
On a versé leur sang comme de l'eau coulante; Tous les champs d'alentour en sembloient regorger.
(Aman, acte III.)
2. oc Gladium evaginaverunt peccatores; intenderunt arcum suum, ut deji- « ciant pauperem et inopem, ut trucident rectos corde. Gladius eorum intret « in corda ipsorum, et arcus eorum confringatur. » [Psaume xxxvi, 14 et i5.)
3. « Vidi impium superexaltatum, et elevatum sicut cedros Libani. Et tran- « sivi, et ecce non erat; et quaesivi eum, et non inventus est locus ejus. » [Psaume xxxvi, 35 et 36.) Luneau de Boisjermain rapporte que Boileau admirait avec quel bonheur Racine, que la simplicité majestueuse des psaumes avait souvent désespéré, a rendu cet endroit du Psalmiste. — Dans le chœur de l'acte 1 de son Aman, Montchrestien a orné d'images différentes, et d'une poésie bien
ESTHER
UNE AUTRE
On peut des plus grands rois surprendre la justice.
Incapables de tromper ,. 1 2 i 5
Ils ont peine à s'échapper
Des pièges de Y artifice.
Un cœur noble ne peut soupçonner en autrui
La bassesse et la malice Qu'il ne sent point en lui 1 . 1220
UNE AUTRE
Comment s'est calmé l'orage ?
TiNE AUTRE.
Quelle main salutaire a chassé le nuage ?
TOUT LE CHOEUR
L'aimable Esther a fait ce grand ouvrage.
UNE ISRAÉLITE seule.
De l'amour de son Dieu son cœur s'est embrasé ;
Au péril d'une mort funeste 1225 Son zèle ardent s'est exposé.
Elle a parlé. Le ciel a fait le reste.
pâle à côté de celle-là, cette pensée, si convenable au sujet de sa tragédie, que la prospérité de l'orgueilleux, de l'impie est de courte durée :
Pour autant qu'il va se haussant Sur le mont d'un honneur glissant, Il s'estime fils de fortune, Et que jamais disgrâce aucune En bas ne l'ira renversant.
Mais il se trompe fort souvent, L'espoir qui le va décevant Avec lui volant en fumée, Et sa gloire tant estimée Fuyant plus vite que le vent.
Son crédit n'est jamais constant :
Ainsi qu'il vint en un instant, Il s'en retourne en peu d'espace.
Bref, ainsi qu'un nuage, passe Ce que le monde admire tant.
1 . Voyez les vers 339 et ^4° ^e Britannicus , et la note sur ces vers, au tome II, p. 271 .