SCÈNE VIII
ASSUÉRUS, ESTHER, MARDOCHÉE , ASAPH, ELISE, le Choeur.
Que veut Asaph ?
ASAPH
Seigneur , le traître est expiré , 1190 Par le peuple en fureur à moitié déchiré. On traîne , on va donner en spectacle funeste De son corps tout sanglant le misérable reste.
MARDOCHÉE
Roi, qu'à jamais le ciel prenne soin de vos jours.
Le péril des Juifs presse , et veut un prompt secours 1 .
ASSUÉRUS
Oui, je t'entends. Allons , par des ordres contraires , Révoquer d'un méchant les ordres sanguinaires2.
ESTHER
O Dieu , par quelle route inconnue aux mortels Ta sagesse conduit ses desseins éternels 3 î
1 . Dans le Livre d'Esther, vm, 5, c'est la Reine qui demande la révocation des ordres de proscription : « Obsecro ut novis epistolis veteres Aman litterae, « insidiatoris et hostis Judaeorum, quibus eos in cunctis Régis provinciis perire a praeceperat, corrigantur. »
2. « Responditque rex Assuerus Esther reginae et Mardochaeo Judaeo... : a Scribite ergo Judaeis, sicut vobis placet, Régis nomine. » (Esther, vin, 7 et 8.)
3. Du Ryer finit de même sa tragédie par deux vers qui en sont comme la moralité. Il les a mis dans la bouche de Mardochée, au moment où le Roi vient d'annoncer le triomphe de l'innocence :
O ciel , c'est de toi seul que ce bien va descendre, Et ce n'est qu'à toi seul que nous devons le rendre.
Comparez aussi les quatre derniers vers d'Athalie.