‹ Œuvres; (volume 2)Chapitre 388 sur 493 · volume in-12, Paris, Etienne Ganeau, 1716, p · texte numérisé non relu

volume in-12, Paris, Etienne Ganeau, 1716, p

ATHALIE

avec toute la noblesse et toute la grâce imaginable. Pour Joas, dont le rôle fut représenté par le fils de Laurent, concierge de la comédie, il fut admiré et applaudi de tout le monde, et, à proportion de son âge, il surpassa de beaucoup tous les autres acteurs de la tragédie1. » Ce Beaubourg qui joue bien fort, ces deux actrices que leur rancune échauffe, ce petit Joas qui est le meilleur de la troupe, tout cela feroit croire qu'il se mêle une assez forte dose d'ironie aux éloges que le Mercure distribue aux comédiens. Mme de Caylus dit que la pièce lui parut être

cf défigurée par une Josabet fardée, par une Athalie outrée,

et par un grand prêtre plus ressemblant aux capucinades du P. Honoré qu'à la majesté d'un prophète divin 2. » Quoi que l'on puisse en définitive penser des acteurs, loués par les uns, sévèrement jugés par les autres, il paraît certain que la pièce, dont on donna quatorze représentations, du 3 au 28 mars, fit une très-bonne impression sur les spectateurs, au moins par son propre mérite. Dangeau en parle ainsi dans son Journal du jeudi 5 mars 17 16 : « On croyoit, quoique ce soit une trèsbelle pièce, qu'elle ne réussiroit pas, étant jouée par les comédiens ; cependant on nous a dit qu'elle avoit eu un grand succès. » Une lettre de Mme de Dangeau à Mme de Maintenon, donnée par la Beaumelle 3, constate également ce succès : « Je suis obligée de vous dire, Madame, que tout Paris est touché à! Athalie, et qu'on en sort très-édifié.... Si vos dames le savoient, elles seroient peut-être moins choquées de ce que

1. Pages 1 83-1 86. — Dans les Reoherches sur les théâtres de France^ par M. de Beauchamps, M.DCC.XXXV (in-40, tome II, p. 245), on ajoute à ces détails que le rôle de Zacharie fut joué parMmeDeshayes, celui d'Abner par Poisson fils.

2. Souvenirs de Mme de Caylus, p. ^56. — Dans une note de son édition de ces Souvenirs, Voltaire dit : « La Josabet fardée, c'étoit la Duclos qui chantoit trop son rôle. L' Athalie outrée étoit la Desmarets (sic), qui n'avoit pas encore acquis la perfection du tragique. Le Joad capucin étoit Beaubourg, qui jouoit en démoniaque, avec une voix aigre. »

3 . Lettres de Mme de Maintenon, tome VII, p. 99 et 100. — On trouve aussi au même tome, p. 110, une autre lettre de Mme de Dangeau, où elle dit qvL Athalie « a très-bien réussi » sur le théâtre de Paris, et que l'on a trouvé * ce spectacle parfaitement beau. »

NOTICE

les acteurs font une profanation de ce spectacle édifiant. » Voltaire, dans son Siècle de Louis XIV x , dit qn' Athalie, dans

ces premiers temps, « fut reçue avec transport. »

A la fin du même mois de mars 17 16, le lundi 3o, Athalie fut jouée aux Tuileries, devant le Roi. Dangeau, à cette date, a noté cette représentation : « Le Roi vit sur les cinq heures, dans son antichambre, représenter la tragédie à' Athalie. La foule y fut fort grande, malgré le bon ordre qu'on avoit apporté. » La présence d'un jeune roi, âgé de six ans, et que l'on regardait comme un autre Joas, miraculeusement conservé à la nation, au milieu de tant de morts qui avoient frappé la famille royale, donna, Louis Racine le dit dans ses Mémoires*, quelque chose de touchant à ces spectacles de la cour. On y saisissait avec attendrissement les allusions qui s'offraient sans peine :

Voilà donc votre Roi, votre unique espérance.... Songez qu'en cet enfant tout Israël réside.

Il y eut, en 1 72 1 , une reprise d' Athalie devant le Roi ; ce fut le 10 juin. Le Mercure de juin et juillet 1721 (p. 1 53 et 1 54) nous fait connaître la distribution des rôles, dont quelquesuns seulement furent joués par les mêmes acteurs qui les avaient créés en 17 16. Mlle Duclos s'était mise enfin en possession de celui d' Athalie; Josabet était représentée par Mlle Dangeville; Mathan, par Legrand; Joas, par le petit Dangeville. Mais ce qui donna aux représentations de 1721 une grande supériorité sur les premières, c'est que Raron, qui en 1720 était rentré au théâtre, y parut dans le rôle qu'il avait autrefois joué chez Mme de Maintenon , dans celui du grand prêtre. Il y fut très-admiré pour la noblesse de sa déclamation et de ses gestes, et pour une véhémence qui s'élevait quelquefois jusqu'au sublime. Athalie fut peut-être alors plus goûtée qu'elle ne l'avait été jusque-là; l'attention des critiques se trouva rappelée sur cette belle tragédie : on en voit la preuve dansle Mercure de l'année suivante, où parut, dans les mois de sep-

1. Chapitre xxvn : voyez au tome XX des OF.uvres de Voltaire. p. 2o3.

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