Etudes sur les tragiques grecs, tome III, p. 270 et
néocore, élevé dans le temple d'Apollon, de cet orphelin à qui le dieu avait servi de père et de mère. Ce trait léger, à peine indiqué, du personnage de Joas a pu lui donner la première idée d'une peinture qu'il a si librement achevée. L'enfant royal, plein de grandeur dans sa naïveté charmante, n'en est pas moins sa création originale ; et si, avec la marque de son génie, cette création en porte une autre, c'est bien plus celle des livres saints que de la tragédie grecque. Il ne faut pas d'ailleurs l'oublier, la naïveté d'Ion, déjà en pleine adolescence, n'est pas précisément celle d'un enfant : différence essentielle entre lui et Joas. Ajoutons que le drame d'Euripide, noué et dénoué par la Divinité, et ayant le temple pour théâtre, ne doit pas nous faire illusion sur les emprunts que Racine a pu lui faire de ce côté : la grandeur religieuse y manque, non pas seulement celle que le paganisme ne pouvait connaître, mais celle qu'Eschyle sans nul doute y eût mise. Loin de faire à la majesté divine la place que le sujet comportait, Euripide a souvent placé dans la bouche d'Ion lui-même des réflexions qui peuvent passer pour irréligieuses. Au milieu de ses bizarreries si romanesques, sa tragédie a de grandes beautés, mais surtout dans des passages que Racine n'a pas eu à imiter.
On peut affirmer d'avance que, dans une tragédie où l'inspiration puissante et la conception originale sont aussi visibles que dans Athalie, si l'on trouvait quelque part la trace légère d'une imitation suggérée par d'autres souvenirs que par ceux des livres saints, on ne la suivrait pas loin : un emprunt plus ou moins douteux que l'on découvrirait, ne serait jamais qu'un objet de curiosité. Le Théâtre-Français, antérieur à Racine, nous avait offert quelques tragédies ftEsther; nous n'y en avons pas rencontré sur le sujet dtAthalie; mais il en est une dont on fait mention comme ayant paru sur une scène plus modeste. Les collèges jouaient beaucoup de pièces bibliques, écrites en latin. Une Athalia fut représentée en i658 au collège de Clermont. Loret, dans sa Muze historique (livre IX, lettre xxxiii, du 24 août i658), a parlé assez longuement de cette représentation, qui avait eu lieu environ cinq jours avant celui où il écrivait, et à laquelle il avait assisté lui-même, dit-il , pour quinze sols. Plus heureuse que la tragédie de Racine, YAthalie latine fut jouée « avec appareil extrême. » Loret
loue beaucoup les acteurs qui faisaient les personnages de Joas, de Josaba et de la jeune Mariane, dont il ne dit pas quel était le mie. Il finit par l'éloge de la pièce :
Bien loin d'exercer la critique Contre cette pièce tragique, J'en ouïs qui louoient sans fin Son intrigue et son beau latin.
La construction théâtrale Étant magnifique et royale, On y dansa quatre balets, Moitié graves, moitié folets.
Nous ne savons si cette Athalia a été imprimée ; nous l'avons cherchée en vain. On cite une tragédie latine de Stancari Domi nicus, ayant pour titre : Joas, Judxœ rex. Elle nous échappe aussi ; mais personne ne croira que nous eussions trouvé dans Tune ni dans l'autre le modèle de YAthalie de Racine.
Métastase, qu'on a surnommé quelquefois le Racine de l'Italie, a composé un Joas [Gioas 1 ). Cette action sacrée (comme il l'appelle) fut représentée à Vienne en 17 35 ; elle n'est nullement une de ces traductions de notre Athalie, comme il en a été fait plusieurs sur les théâtres étrangers 2 ; le sujet y est
1. Gioas, Re di Giuda. Azione sacra, scritta daW Autore in Vienna, cCordine delC Imperator Carlo VI , ed eseguita la prima volta, con Musica del Reùtter, nella Cappella Impériale Canno iy35. — La pièce est divisée en deux parties. On la trouve au tome VI des OEuvres de Métastase, imprimées à Paris en M.DCC.LXXX, 12 volumes in-8°.
2. Ainsi, dans les OEuvrcs de l'abbé Conti, on en trouve une, dont Louis Racine a cité quelques fragments dans ses Remarques sxxxAthalie. Elle est au tome I, p. clix-cclvi du livre qui a pour titre : Prose e Poésie del signor Abate Antonio Conti, patrizio veneto (2 volumes in-40, imprimés à Venise, le premier en M.DCC.LXXXIX). Conti a fait précéder sa traduction d'une Dissertation, où il dit qu'il fit ce travail dans l'automne de l'année 1720, à la campagne de la comtesse de Caylus, qui avait, ajoute-t-il, représenté la pièce de Racine avec les Demoiselles de Saint-Cyr devant Louis XIV et la cour. Il assure avoir souvent entendu dire à Mme de Caylus que Racine préférait cette tragédie à toutes celles qu'il avait composées. — Une autre traduction italienne de la même pièce a été publiée sous ce titre : Ata- Ua, tragcdia sacra del sign. Racine^ transportata daW idioma francese in
ATHALIE
défiguré par l'introduction du rôle malheureusement conçu de Sébia, mère de Joas. C'est une œuvre faible, dont les développements sont écourtés; mais comme Fauteur n'y a, dit-on, cherché qu'un prétexte à la musique, il semble permis de ne pas juger trop sévèrement une pièce peu digne de lui. Il suffit de dire que l'on n'a pas à y chercher des points de comparaison avec le chef-d'œuvre de Racine. Athalie, qui n'a pas eu d'ancêtres, n'a pas eu non plus de postérité.
versi Toscanï. Da un Academico Fiorentino. Plsa, 1792, in-8°. — Dans le Journal de Trévoux d'octobre 1762 (p. 2128), on annonce, comme devant paraître prochainement, une traduction A'Àthalie en vers espagnols. Elle a sans doute été publiée.
NOTICE
Pour Athalie. comme pour Est lier il y a eu du vivant de Racine deux éditions séparées, l'une in-4°, l'autre in-12.
L'édition in-4°, qui est l'édition originale, a pour titre :
ATHALIE
TRAGÉDIE
Tirée de V Écriture sainte.
A Paris , Chez Denys Thierry....